Reportage

Tunnel de la gare de Mulhouse : un exercice incendie grandeur nature

Orchestré par la Ville de Mulhouse, en lien avec le Service départemental d’incendie et de secours du Haut Rhin (SDIS 68), un exercice incendie grandeur nature, simulant un feu de voiture dans le tunnel de la gare de Mulhouse, a été réalisé, ce mercredi 26 août 2026. Objectifs : profiter de la fermeture estivale habituelle, pour maintenance, de cet ouvrage de 330 mètres, pour tester les procédures d’intervention et exercer les pompiers à intervenir.

Publié à 10h47

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Vingt pompiers étaient mobilisés, ce mercredi matin, lors de cet exercice décortiqué par les observateurs de la Ville.

Vingt pompiers étaient mobilisés, ce mercredi matin, lors de cet exercice décortiqué par les observateurs de la Ville.

Catherine Kohler

Mercredi 26 août 2026, 9h. De la fumée sort du tunnel de la gare de Mulhouse, les premières sirènes des véhicules de pompiers retentissent. À l’intérieur de l’ouvrage, dans la direction Mulhouse-Brunstatt, un véhicule est en feu pour une raison inexpliquée, suivi, quelques mètres plus loin, par une autre voiture à l’arrêt avec une personne à bord et une autre allongée sur la chaussée, toutes deux inconscientes en raison des fumées. Une troisième personne trouve, elle, refuge dans la galerie de sécurité du tunnel… Un scénario parfaitement crédible qui n’était - fort heureusement - qu’un exercice grandeur nature, organisé par le service Domaine public routier de la Ville de Mulhouse et calqué sur la période de fermeture estivale du tunnel en cours (jusqu’au vendredi 28 août à 18h), pour la maintenance préventive de l’ouvrage, opérée deux fois par an.

Le dernier exercice de cette ampleur remonte à 2019

L'exercice s'est déroulé lors de l'habituelle fermeture estivale du tunnel de la gare pour des opérations de maintenance.

L'exercice s'est déroulé lors de l'habituelle fermeture estivale du tunnel de la gare pour des opérations de maintenance.

Catherine Kohler

« Tous les six ans, nous devons renouveler l’autorisation d’exploitation auprès de la Préfecture (ndlr : l’actuelle court jusqu’en avril 2030). La sécurité est évidemment primordiale et nous avons l’obligation de réaliser un exercice annuel en matière de sécurité. Le dernier d’une telle ampleur remonte à 2019. Nous avons profité de la période de fermeture du tunnel de 15 jours, le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS68) était demandeur d’un tel exercice », souligne Gilles Behra, responsable des Ouvrages d'art à la Ville et aux manettes des opérations de ce mercredi matin. Les objectifs de cet exercice grandeur nature sont pluriels : « Vérifier la bonne application du Plan d’intervention des secours (notamment le schéma d’alerte et les actions à mener) » ; « vérifier et tester la chaîne d’alerte de la Ville » ; « vérifier les équipements de sécurité et des dispositifs de fermeture du tunnel » ; « exercer le SDIS, et notamment les nouvelles recrues, à intervenir dans le tunnel »…

Dans la liste des 205 tunnels français de plus de 300 mètres

La visibilité était quasi nulle dans le tunnel lors de l'intervention des pompiers.

La visibilité était quasi nulle dans le tunnel lors de l'intervention des pompiers.

Catherine Kohler

Emprunté par plus de 12 000 usagers au quotidien et long de 330 mètres, l’ouvrage mulhousien fait partie de la liste des 205 tunnels français d'une longueur supérieure à 300 mètres, seuil qui marque le début des réglementations de sécurité renforcées et impose une législation spécifique, en matière d’entretien et de maintenance. Circonscrit lors de cet exercice matinal aux seuls services de la Ville, aux pompiers du SDIS68 et à la police municipale, un tel accident, s’il devait se produire, mobiliserait considérablement plus d’acteurs : Police nationale, Préfecture, Samu… « Des interventions comme celles-ci peuvent malheureusement arriver, ce type d’exercice est donc plus qu’utile », explique Jean-Philippe Lamolinairie, lieutenant au bureau Prévision opérations du Centre de Secours Principal (CSP) de Mulhouse, au moment du briefing à l’ensemble des acteurs présents, à commencer par les figurants et les quatre observateurs de la Ville - dont un posté au Centre de vidéoprotection - venus consigner les opérations dans leurs moindres détails.

« Eteindre l’incendie et faire baisser la température »

La lance à incendie est également utilisée pour faire baisser la température au cœur de l'ouvrage souterrain.

La lance à incendie est également utilisée pour faire baisser la température au cœur de l'ouvrage souterrain.

Catherine Kohler

Après quelques retards à l’allumage, les machines à fumée tournent à plein régime et plongent le tunnel dans un épais brouillard conférant une visibilité proche du néant. À l’entrée de l’ouvrage, côté Riedisheim, le fourgon d'incendie des pompiers se raccorde à la colonne sèche. Les premiers pompiers, munis de leur équipement et d’une lance, pénètrent à pied dans le tunnel. « L’objectif est évidemment d’éteindre le feu de voiture, mais aussi de refroidir la structure pour faire baisser la température. Dans un tunnel, les températures peuvent être extrêmement élevées. Pour un feu de poids lourd, ça peut rapidement grimper à 1 000 degrés », explique Laurent Chevrier, adjudant-chef. Côté sortie vers Brunstatt, les victimes sont dégagées, mises en sécurité et prises en charge.

Cet exercice nous permet de mettre en œuvre certaines techniques et tactiques d’intervention pour gagner en efficacité
Jean-Philippe Lamolinairie, lieutenant au bureau Prévision opérations du Centre de Secours Principal (CSP) de Mulhouse.

Une heure est passée à la vitesse de l’éclair, le débriefing peut commencer. « Cet exercice nous permet de mettre en œuvre certaines techniques et tactiques d’intervention pour gagner en efficacité. Ça s’est plutôt bien passé dans l’ensemble, même s’il y a toujours des choses à redire et à améliorer, confie Jean-Philippe Lamolinairie. Intervenir dans un tunnel est toujours particulier, avec le sauvetage des victimes comme priorité absolue. Il s’agit dans un même temps de maîtriser tous les accès et les sorties de secours, pour secourir les victimes, éteindre et maîtriser l’incendie, tout en effectuant un travail de reconnaissance approfondi pour vérifier que les fumées ne soient pas montées dans les bâtiments adjacents car ce sont les fumées qui tuent, pas le feu ! Sur ce type d’opération, qui a duré une heure en version simulation et mobilisé une vingtaine de sapeurs-pompiers pour trois véhicules déployés, on serait, dans la réalité, davantage vers quatre heures d’intervention avec une grosse dizaine d’engins et une soixantaine de pompiers sur place ». Et s’adressant aux « victimes » du jour : « Vous avez constaté qu’il y a un certain temps avant que nous puissions vous trouver et vous chercher, là c’était des fumées froides. Dans le cadre d’un vrai incendie, les fumées seraient noires et encore plus opaques… »

Jean-Philippe Lamolinairie, lieutenant au bureau Prévision opérations du Centre de Secours Principal (CSP) de Mulhouse, (à gauche) et Gilles Behra, responsable des Ouvrages d'art à la Ville.

Jean-Philippe Lamolinairie, lieutenant au bureau Prévision opérations du Centre de Secours Principal (CSP) de Mulhouse, (à gauche) et Gilles Behra, responsable des Ouvrages d'art à la Ville.

Catherine Kohler

Statistiquement rare, potentiellement dévastateur

D’où l’importance de cette simulation scénarisée, pour mieux prévenir un sinistre statistiquement rare mais potentiellement dévastateur, qui démontre aussi l’importance des opérations de maintenance réalisées à intervalles réguliers, parfois raillées sur les réseaux sociaux. « Maintenant, on va se poser pour voir, en lien avec le SDIS, ce qui a fonctionné et ce qui a moins bien fonctionné. Il est sûr qu’il y a des précieux enseignements à retirer, puis on adressera un compte rendu à la Préfecture », conclut Gilles Behra, à l’issue de ce mercredi particulier.

Séance de débriefing avec l'ensemble des acteurs mobilisés lors de l'exercice mulhousien, qui aura duré une grosse heure.

Séance de débriefing avec l'ensemble des acteurs mobilisés lors de l'exercice mulhousien, qui aura duré une grosse heure.

Catherine Kohler

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