Street art : l’invasion pacifique et poétique des « potis »

Les "potis" se découvrent en levant les yeux, un peu partout à Mulhouse...
―Catherine KohlerOn les découvre souvent par hasard, au détour d’une rue ou d’une place, en levant la tête : les « potis » ont décidé de faire de Mulhouse leur terrain de jeu. « Ils se servent de moi pour apparaître », s’amuse le street artiste mulhousien Poti, qui parcourt le monde depuis plusieurs années et profite de ses passages dans sa ville natale pour faire vivre sa cohorte de petites créatures colorées.
« Exprimer mon amour pour la ville »

Poti installe un "poti" sur la façade du Centre chorégraphique de l'Opéra du Rhin.
―Catherine KohlerEn tutu rose sur la façade du Centre chorégraphique de l’Opéra du Rhin, tenant un ballon dans la bien-nommée rue du Ballon, avec une planche de surf sur des panneaux indicateurs de l’aéroport… Avec leur petit corps et leur grande tête, ni tout à fait ronde, ni tout à fait carrée, les « potis » se déclinent en une multitude de couleurs et se parent de vêtements ou d’accessoires, en fonction de leur environnement. « Je m’inspire de la ville, de ses petits détails qu’on ne perçoit pas forcément au premier regard. J’aime jouer avec le nom des rues ou avec d’autres éléments pour faire interagir les potis avec Mulhouse. C’est un moyen pour moi d’exprimer et de partager mon amour pour la ville. »
Créés par le graffeur mulhousien, il y plus de 15 ans, avec l’objectif de pouvoir les réaliser rapidement dans la rue, les « potis » sont désormais peints, à la bombe, sur du plastique alvéolé, afin qu’ils résistent mieux à la pluie. Ils sont scotchés, en hauteur le plus souvent, afin d’éviter qu’ils ne se fassent dérober. « Si les potis dérangent, ce qui n’est encore jamais arrivé, je peux les décrocher et ils ne laisseront aucune trace. Ce que j’aime avec eux, c’est qu’ils n’imposent rien et qu’ils ne sont jamais négatifs. Leur émotion est neutre et ils font travailler l’imaginaire de la personne qui les regarde : tout le monde peut les interpréter à sa façon. »
« Mettre de la joie et de la gaieté dans la journée des gens »

Fan de Kobe Bryant, Poti l'a immortalisé, quelques jours après sa disparition, sur un mur du quai d'Oran. Une œuvre qui a été saluée jusqu'aux Etats-Unis.
―Catherine KohlerS’effaçant derrière ses personnages, « je souhaite qu’on les voie eux, pas moi », Poti les intègre également à ses fresques, pièces figuratives et portraits, comme celui en hommage au basketteur Kobe Bryant, réalisé à Mulhouse en 2020, qui a eu un retentissement important, qu’il peint sur des toiles ou sur les murs du monde entier. « Je peins régulièrement des grands formats, avec une accumulation de potis, comme des grandes réunions de famille. Je les intègre aussi, plus discrètement dans mes autres œuvres, en effaçant les contours. Quelque part ce sont mes meilleurs potes, avec eux, je ne suis jamais seul ! »
Parcourant le monde, et particulièrement l’Asie, où il se rend régulièrement pour exposer et créer des œuvres dans l’espace public en Thaïlande, au Vietnam, en Indonésie, au Cambodge ou aux Philippines, Poti, qui a fait ses armes de graffeur dans la région mulhousienne et notamment sur les murs du quai des Pêcheurs, souhaite avant tout « mettre de la joie et de la gaieté dans la journée des gens. Je me nourris des connexions humaines et j’utilise mon art pour établir le contact. Les potis sont universels, ils me permettent de rencontrer des gens dans le monde entier ! »
+ d’infos : www.instagram.com et www.bookastreetartist.com









Les œuvres de Poti se découvrent jusqu'en Martinique.
―Catherine Kohler