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Cinéma

mercredi 29 mars 2017 au dimanche 23 avril 2017

Félicité

Cinéma Bel Air, Mulhouse

de Alain Gomis avec Véronique Beya Mputu, papi Mpaka, Gaetan Claudia
Drame – France – 2017 – VOST – 2h03
Félicité, libre et fière, est chanteuse le soir dans un bar de Kinshasa. Sa vie bascule quand son fils de 14 ans est victime d’un accident de moto. Pour le sauver, elle se lance dans une course effrénée à travers les rues d’une Kinshasa électrique, un monde de musique et de rêves. Ses chemins croisent ceux de Tabu.
Film sur une mère courage dans un Kinshasa bouillonnant, «Félicité» met en scène des acteurs amateurs, dont Véronique Beya Mputu, qui crève littéralement l’écran. La musique (musique africaine et classique), magnifique, y tient un rôle de premier plan.
Ours d’argent, Grand Prix du Jury, Berlin 2017 – Etalon d’Or Fespaco 2017.

Le film est une plongée hypnotique dans un pays dur et violent où la musique (répétitive, excitante, hallucinatoire) berce les âmes, les secoue, les agite les unes contre les autres. Au milieu du désastre (sanitaire et politique), Félicité et Tabu vont vivre une histoire d’amour immense, puisqu’elle consistera surtout à accepter l’autre comme il est et même à exiger de lui qu’il ne change jamais. Difficile de décrire cet objet filmique unique, assez dément, qui parvient à décrire concomitamment le paradis et l’enfer. Les Inrockuptibles.

La 67e Berlinale s’est offert, samedi 11 février, un très beau moment de cinéma avec la projection en compétition de « Félicité », du Franco Sénégalais Alain Gomis. À 44 ans, l’auteur remarqué d’« Aujourd’hui », sorti en 2013, signe un quatrième long-métrage d’une très belle profondeur humaine, non dénué de douceur et d’espoir – un quasi-exploit dans ce festival habitué aux œuvres marquées par une certaine radicalité.
Une époustouflante véracité « Félicité » évoque l’histoire apparemment toute simple d’une chanteuse de bar, gagnant sa vie dans les nuits troubles et alcoolisées de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Elle apprend un matin que son fils adolescent est à l’hôpital, victime d’un grave accident de moto qui nécessite une opération urgente.
L’opération coûte cher, Félicité n’a pas beaucoup d’argent, mais elle va déployer l’énergie d’une guerrière pour réunir la somme nécessaire, ravalant sa fierté et renouant avec ceux qui peuplèrent sa vie d’avant pour faire face. Autour d’elle gravite un mécanicien amoureux, pilier de comptoir aux enivrements colériques, qui n’attend qu’un peu d’attention pour tenter de se racheter. Appelé pour réparer le réfrigérateur récalcitrant de la belle, il l’aidera bien au-delà, s’insinuant peu à peu dans sa vie…
D’autres sensibilités, sous d’autres latitudes, auraient pu tirer plus franchement cette trame vers l’injustice et le tragique, la résistance et la solidarité… La grande force d’Alain Gomis est d’offrir un récit d’une époustouflante véracité, qui laisse la vie aller dans sa complexité, ses paradoxes, ses entre-deux, ses obstinations vaines, ses supplications honteuses comme ses éclaircies inattendues et ses instants en suspension.
La ville est filmée dans ses contrastes criants, son foisonnement, à l’unisson de la musique du groupe congolais Kasai Allstars, appel à la transe arraché à la mélancolie de l’existence. Félicité n’est pas seulement une chanteuse et mère-courage extrêmement touchante, c’est aussi une femme en quête de renaissance pour elle-même. L’intensité documentaire des images est indéniable, qui donne au film une énergie singulière, avec le contrepoint de séquences oniriques très sobres, de scènes de concert ensorcellantes et de répétitions de l’orchestre symphonique de Kinshasa, d’une pure beauté.
De cet entrelacs de lutte et d’abandon, de trivialité et de grâce, naît un film d’une justesse absolue, porté par deux acteurs non professionnels, époustouflants dans leur premier rôle : Vero Tshanda Beya et Papi Mpaka, garagiste au grand cœur, repéré lors d’un casting ouvert. On ne peut que souhaiter à « Félicité » de retenir l’attention du jury de la Berlinale, présidé cette année par le réalisateur néerlandais Paul Verhoeven. La Croix.

www.cinebelair.org

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