Entretien

Photographie : « La Biennale s’adresse à tous les publics »

La 7e édition de la Biennale de la Photographie de Mulhouse se déploie dans de nombreux lieux d’exposition, du vendredi 5 juin au dimanche 5 juillet 2026. Entretien avec Anne Immelé, co-fondatrice et directrice artistique de l’événement, à quelques jours du week-end inaugural.

Publié hier à 8h05

Lecture 5 min.

Anne Immelé, co-fondatrice et directrice artistique de la Biennale de la photographie de Mulhouse.

Anne Immelé, co-fondatrice et directrice artistique de la Biennale de la photographie de Mulhouse.

Catherine Kohler

La 7e édition de la Biennale de la photographie se déroule à Mulhouse, du 5 juin au 5 juillet. Pourquoi avoir créé cette biennale et quel est son objectif ?

C’est un festival que nous avons créé en 2013, avec Jean-Yves Guénier, et dont le but est de fédérer des énergies autour de la photographie, en créant un parcours dans Mulhouse. Au départ, tout partait du constat qu’il n’y avait pas de festival photo à l’échelle du Grand Est, ni dans les 200 km autour de Mulhouse. On s’est dit qu’il manquait vraiment une programmation internationale de photographes, à Mulhouse, autour d’un grand rendez-vous. L’idée, c'est de diffuser la photographie sous différentes formes et styles, dans des lieux variés, tout en inscrivant la photographie dans une réflexion contemporaine, qui rejoint les grands enjeux d'aujourd'hui, même si notre approche peut aussi être très poétique.

Justement, comment pourrait-on définir la photographie contemporaine ?

Quand on parle de photographie, on ne sait pas toujours vraiment ce que ça recouvre. Dans notre programmation, on invite des photographes dont le métier consiste à créer des séries photographiques, à partir de préoccupations, de sujets, qui peuvent prendre la forme de reportages ou de photographie plasticienne. La photo contemporaine est diverse et propose des formes très différentes. Ce sont ces formes que l’on a envie de montrer aux Mulhousiennes et aux Mulhousiens.

Du 5 juin au 5 juillet 2026, les amateurs de photographies pourront notamment découvrir le travail de Sangyon Joo, au Musée des Beaux-arts de Mulhouse.

Du 5 juin au 5 juillet 2026, les amateurs de photographies pourront notamment découvrir le travail de Sangyon Joo, au Musée des Beaux-arts de Mulhouse.

Catherine Kohler

Cette année, les photographes ont été invités à explorer la notion de Sédimentation(s). À quoi peut s’attendre le public ?

La sédimentation est un phénomène géologique, mais au-delà de ça, elle pourrait être la définition de ce qu'est la pratique de la photographie. Quand on fait une photo, on montre un instantané, quelque chose du temps présent. Mais beaucoup de photographes vont conserver et accumuler toutes ces photos du temps présent et ça va créer des archives, ou des collections d'images, qui sont une certaine forme de sédimentation. Le thème Sédimentation(s) est une manière de faire appel aux mémoires enfouies, aux mémoires collectives. Une partie de la programmation va montrer des grottes, des roches, des falaises… Une autre partie de la programmation va être beaucoup plus axée sur les archives, les mémoires individuelles et collectives.

La Biennale investit plusieurs lieux, s’exporte à Freiburg et donne de la visibilité aux travaux d’étudiants…

On expose 54 photographes, avec l’objectif de donner de la visibilité et de diffuser de la photographie. Nous avons une exposition, à côté de la gare, dédiée aux étudiants des écoles d’art du Grand Est, avec 80 affiches à découvrir. Pour ces étudiants, c’est une première opportunité de montrer leur travail. Nous exposons aussi de jeunes photographes, à l’image de Rifat Göbelez, qui a étudié à la HEAR de Mulhosue, puis à Arles et qui expose son travail au Musée des Beaux-arts. À la bibliothèque Grand’rue, on a une exposition qui a fait l’objet d’un appel à participation, avec des photographes du monde entier, de tous âges, qui sont réunis. Il y a une diversité de pratiques, allant de jeunes photographes à des photographes très confirmés, comme Jean-Claude Figenwald, qui présentera 50 ans de photo au Séchoir, ou Manuela Marques, qui expose au Centre culturel français de Freiburg. On a une grande étendue de propositions et l'idée est d'inviter les personnes à être curieuses, en découvrant aussi de nombreux lieux.

Le long du canal du Rhône au Rhin, à deux pas de la gare de Mulhouse, les étudiants des écoles d'art du Grand Est exposent leurs clichés.

Le long du canal du Rhône au Rhin, à deux pas de la gare de Mulhouse, les étudiants des écoles d'art du Grand Est exposent leurs clichés.

Catherine Kohler

Au fil des éditions, la Biennale a pris de l’ampleur, Mulhouse va-t-elle devenir l’équivalent d’Arles et de ses Rencontres, dans le Grand Est ?

Nous faisons partie d’un réseau national de festivals, le Réseau Lux, qui nous permet de nous situer par rapport aux autres festivals. En France, les gros festivals sont les Rencontres d’Arles et Circulation(s) à Paris, mais il y a beaucoup de festivals photo dans de nombreuses petites villes, qui ont décidé de promouvoir la photographie, comme Vichy, Deauville, Sète… Pour nous, à l’Est, l’idée est de valoriser Mulhouse, comme ville à découvrir en même temps que les expositions. Nous sommes reconnus nationalement et internationalement, car nous avons une programmation internationale, avec des artistes américains, coréens et de beaucoup de pays européens. J'adore Mulhouse et pour moi, le festival est fait pour elle.

Où en est la photographie aujourd’hui, à l’heure où tout le monde a un appareil photo dans sa poche ?

Ce qui est important, c’est que les photographes qu’on expose impriment les photos, les produisent dans différents formats, il y a une matérialité du tirage, des questions de formats… Il y a de la photo argentique, numérique, de la photo déchirée qui est collée… C’est le fait de produire une œuvre matérielle, visible dans une expo, qui va être transmise, c’est la grande différence avec la photo qui circule de manière immatérielle sur les réseaux. Je pense qu’il y a un retour à un besoin de matérialité, beaucoup de personnes, y compris très jeunes, continuent à faire de la photo argentique, parce que c’est un moyen de revenir à quelque-chose de tangible. La production de photos dans une expo, c’est aussi vivre une expérience au temps présent, dans un lieu, avec des personnes, c’est une manière de se reconcentrer.

À qui s’adresse cette 7e édition de la Biennale ?

La Biennale s’adresse à tous les publics ! Il y a des personnes qui sont familiarisées avec la photographie ou avec le fait de venir dans des lieux comme les musées ou La Filature. Nous nous adressons aussi à des personnes qui sont curieuses et ont envie de découvrir les représentations du monde que leur proposent les photographes invités. Des expositions sont aussi particulièrement faites pour les enfants, celle du Musée des Beaux-arts en fait partie.

Du vendredi 5 juin au dimanche 5 juillet 2026, divers lieux. + d’infos sur https://www.biennale-photo-mulhouse.com/