Interview

« Microsiphon, c’est le festival de l’édition limitée, du fait main et du Do it yourself » 

25 exposants, des concerts, des performances, des ateliers… Festival hautement recommandable et rock’n’roll, Microsiphon souffle ses 10 bougies d’existence, ce week-end du 2 au 4 octobre 2026, à Motoco. Entretien avec la présidente du collectif, Alexandra Weisbeck, qui insuffle son énergie et son âme à ce rendez-vous singulier.

Publié à 6h19

Lecture 8 min.

Artiste multicasquettes, Alexandra Weisbeck est la présidente-fondatrice de Microsiphon.

Artiste multicasquettes, Alexandra Weisbeck est la présidente-fondatrice de Microsiphon.

―Téo Gautier

Comment est né Microsiphon et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette aventure ?

Je naviguais dans le tissu associatif depuis un moment, je filais des coups de main aux gens, à droite et à gauche, mais j’avais envie de pouvoir organiser mes propres événements. Le déclic est venu avec Christian Savioz (ndlr : sérigraphe et assistant d’enseignement en sérigraphie à la HEAR, école supérieure d’art de Mulhouse), avec qui on souhaitait inviter Pakito Bolino du Dernier Cri (ndlr : éditeur marseillais) pour un workshop. Très vite, l’envie de créer un événement autour de la microédition est née, d’autant plus qu’à Mulhouse, il n’y avait aucune proposition en la matière. J’ai rameuté des copains pour créer une association et fédérer les gens autour du projet.

« On ne cherche pas forcément à faire du beau »

Dix ans plus tard, où en est Microsiphon. Défend-il toujours une forme de culture alternative ?

Clairement ! Même si le noyau de l’association a forcément bougé, que de nouvelles recrues ont débarqué, on a gardé notre âme. Microsiphon, c’est le festival de l’édition limitée, du fait main et du « Do it yourself » : fanzines, sérigraphies, objets graphiques et imprimés, performances, exploitations sonores... Même si je si je ne fais pas de militantisme, je défends, à travers le festival, des propositions engagées, quand ça raconte quelque chose, quand ça sort des sentiers battus et que ça bouge un peu les lignes. On est dans la création libre, pas dans le décoratif et on ne cherche pas forcément à faire du beau. Moi, les marchés de créateurs, je trouve bien que ça existe mais ça me hérisse le poil. Je n’ai pas envie de ça, j’ai envie de proposer autre chose aux gens. Avec le festival Microsiphon, l’idée c’est de se faire plaisir et je prends toujours autant de plaisir à faire la programmation.

25 exposants de toute la France sont annoncés pour cette 10e édition.

25 exposants de toute la France sont annoncés pour cette 10e édition.

―L. Vallori (Archives)

Comment programmez-vous les artistes et les exposants ? Sur quels critères ?

C’est du coup de cœur, tout simplement. Je regarde toujours ce qui se fait, je vais gratouiller un peu partout. Après dix années de festival, des artistes nous contactent également. Et parfois, je tombe sur des trucs qui me plaisent et je les soumets aux autres. Je ne décide pas toute seule. On a un petit comité de direction artistique. Cette année, on a fait un brainstorming à la dernière assemblée générale, où on demandait à tous les bénévoles qui ils avaient envie de revoir pour les 10 ans du festival. Ensuite, il faut faire des choix, que l’on défend bec et ongle, c’est un mot d’ordre chez nous !

Cette année, vous accueillez 25 exposants, venus de toute la France. Quelle place accordez-vous aux artistes locaux ?

Il y en aura cette année, avec le collectif ÖDL, le Ministère de l’impression, Sparrrk, La Roulante du colonel ou Hermance Vasodila (…), dont certains ont déjà été invités lors des éditions passées. Programmer des artistes locaux pour juste les programmer n’a pas de sens dans notre festival. Au fur et à mesure des années, il m’est arrivé de proposer à des gens d’ici de participer parce que je sentais qu’ils étaient prêts, parce qu’ils avaient quelque chose à proposer. En règle générale, d’une édition à une autre, on ne réinvite pas les mêmes artistes, car l’idée est, à chaque fois, de faire de nouvelles propositions. Là, pour nos dix ans, on a fait une entorse à cette règle, en réinvitant 95 % des exposants qui sont déjà venus chez nous. Si j’avais eu le budget, j’en aurais invité le double. Pour la programmation musicale, c’est la même chose, on défend aussi ce qui est atypique, à l’image de notre soirée du samedi (Ndlr : le post-punk de Funk Police et Servo, suivi de Dj Toni Garagist). Je n’ai aucune obligation avec ce festival, c’est du pur plaisir. Je n’invite pas par copinage ou pour faire bien. J’invite parce qu’il y a une vraie raison artistique à défendre. Et cela s’applique aux artistes locaux, comme aux autres.

La Roulante du colonel et son mini-bar à roulettes.

La Roulante du colonel et son mini-bar à roulettes.

―Guillaume Rudin (Arhives)

« Un format familial avec des interactions avec les artistes »

Avec environ 600 visiteurs sur le week-end, vous revendiquez un format qui reste volontairement à taille humaine. Pourquoi est-ce important ?

Le but n’est pas spécialement de faire du grand public, même si nous sommes évidemment heureux que les gens viennent au festival pour découvrir. Les exposants nous demandent de rester sur ce format familial. Les visiteurs viennent, font le tour, prennent leur temps. Les artistes sont disponibles, il y de l’échange, des interactions… C’est capital pour nous. Notre festival s’inscrit dans une vraie démarche en direction des artistes exposants. On ne leur fait pas payer de stand, on ne leur demande pas de commissions, on les nourrit, on les loge… Bref, il se passe quelque chose, même si du coup financièrement, c’est toujours ric-rac. Mais je défends le truc ! Le choix de Motoco n’est pas non plus anodin, les artistes, comme le public, kiffent le lieu.

Vous êtes artiste plasticienne, scénographe, décoratrice… Pourquoi continuer à organiser Microsiphon, alors que vous avez déjà beaucoup d’autres activités ?

Quand je fais ce festival, je ne gagne pas ma vie mais c’est ma bulle, c’est passionnant. Organiser des événements, ça a toujours été mon truc. J’adore ça. Autant je n’aime pas me mettre au-devant de la scène, faire des interviews et tout ça (rires), autant j’adore organiser et monter des choses, c’est comme ça que je m’exprime. Et puis, comme dit, il y a une vraie liberté dans la programmation, pas de cahier des charges à respecter. C’est précieux et c’est une chance d’organiser un événement qui ne ressemble à aucun autre, avec un vrai collectif derrière.

L'affiche de ce 10e Microsiphon est signée Brulex.

L'affiche de ce 10e Microsiphon est signée Brulex.

―Marc-Antoine Vallori

Vous semblez particulièrement attachée à l’identité du festival. C’est l’artiste Brulex qui signe l’affiche de cette 10e édition…

Oui, nous avons contacté Brulex parce qu’on aimait bien son boulot. Il était déjà venu à notre festival. Sa réalisation montre bien l’esprit qui réside chez Microsiphon. Il nous a fait une première proposition qui était très bien, mais que l’on a trouvé ultra-consensuelle et qui ne nous correspondait pas. Du coup, Brulex nous a fait une deuxième proposition, beaucoup plus typée mais qui ne nous parlait pas. Je l’ai donc rappelé... Finalement, il m’a demandé de lui renvoyer une de ces œuvres que j’aimais bien. Le lendemain, il nous a renvoyé un croquis. Et là, c’était nickel ! Je suis tellement contente de ne pas avoir lâché, d’être en accord avec nous-mêmes et de se dire chaque fois que je la regarde : « P..., elle est trop bien cette affiche ! »

Après dix éditions, comment envisagez-vous la suite de Microsiphon ?

Je n’en sais absolument rien. On s’était dit : « Bon, on va aller jusqu’à la dixième. » Et puis plein de gens ont commencé à me dire : « Mais non, on n’arrête pas ! » Il y a des nouveaux qui raccrochent le wagon et qui incitent à continuer. Je me rends compte qu’il y a des gens qui attendent ce festival chaque année, nous avons des fidèles. Très sincèrement, je n’en reviens pas de faire la dixième. Si on est toujours là, 10 ans après, c’est que l’on a toujours envie de se faire plaisir. Et quand on voit que 25 bénévoles sont mobilisés tout au long du week-end, on se dit que l’envie est là.

Propos recueillis par Marc-Antoine Vallori

10e festival Microsiphon : quel programme !

―Servo

Fanzines, sérigraphies, objets graphiques et imprimés, mais aussi ateliers, table-ronde, performances et lives… C’est tout ça, la 10e édition du festival Microsiphon. Pour fêter dignement cet anniversaire, ils seront 25 artistes et collectifs des quatre coins de la France à donner vie au salon de la microédition et du fait main, dont une poignée de Mulhousiens, à l’image du collectif Ödl, du Ministère de l’impression, ou encore de Sparrrk, La Roulante du colonel et Hermance Vasodila. Outre le « Cabaret des siphonnées » d’ouverture du vendredi soir, Microsiphon, ce sera aussi des concerts, le samedi soir, avec le post-punk de Funk Police et Servo, suivi de l’excellent Dj Toni Garagist. Microsiphon, c’est encore des ateliers avec Sérichérie (samedi à 14h, 15h et 16h, sur réservation) et même du crochet avec Hermance Vasoldila (dimanche de 14h à 16h, sur réservation). Enfin, à noter, le rendez-vous dominical, à 11h tapantes, qui pourrait bien vous faire louper le sacro-saint Téléfoot dans la petite lucarne, au profit d’une joyeuse table-ronde portant sur le « punk im Elsass ».

Vendredi 2 de 20h à 23h (entrée libre), samedi 3 de 13h15 à 2h (19h pour le salon de la microédition), dimanche 4 octobre de 11h à 18h à Motoco. Entrée du salon : 4€ (gratuit pour les moins de 12 ans)/concerts du samedi soir : 13€ (prévente), 15€ (caisse du soir)/ateliers tous publics : 5€. + d’infos : https://www.microsiphon.net/