Interview

Francesco Fratellini, clown au Cirque Gruss : « Le cirque, ce n’est pas un métier, c’est une manière de vivre »

À 34 ans, Francesco Fratellini appartient à la huitième génération d’une famille d'artistes de cirque d'origine italienne, dont trois frères, Paul, François et Albert, ont été des clowns mondialement célèbres dans la première moitié du XXe siècle. Rencontre avec le trublion incontournable de la nouvelle tournée « Parenthèse » du cirque Arlette Gruss qui fait escale à Mulhouse, du 16 au 19 avril 2026, pour neuf représentations.

Publié le 8 avr.

Lecture 5 min.

Francesco Fratellini, trublion incontournable de la tournée « Parenthèse » 2026 du cirque Arlette Gruss.

Francesco Fratellini, trublion incontournable de la tournée « Parenthèse » 2026 du cirque Arlette Gruss.

DR

Vous êtes issu d’une famille de clowns. Était-ce une évidence de suivre cette voie ?

Je suis la huitième génération, mais je n’ai pas eu de parcours classique. Mon père (Ndlr : Tino) est décédé quand j’étais très jeune, à l’âge de deux ans. Ma mère n’étant pas du cirque, on est devenu sédentaires. Je n’ai donc pas grandi au cirque comme d’autres. Par-contre, j’y allais pendant les vacances, pour voir ma famille. Ce monde me fascinait, ça a toujours été une évidence pour moi. Simplement, j’ai appris différemment.

Comment s’est fait cet apprentissage ?

J’apprenais dès que j’en avais l’occasion, pendant les vacances ou quand je pouvais rejoindre ma famille. Ce n’était pas aussi régulier que mes cousins, qui pratiquaient tous les jours, mais je profitais de chaque moment. À 16 ans, j’ai intégré une école de cirque en Italie (l’Accademia d'Arte Circense de Vérone, en Italie), pendant un an. Je devais rester plus longtemps, mais j’ai eu une opportunité de travailler dans un cirque (Alexis Gruss, le cousin d’Arlette Gruss). J’y suis resté sept ans et j’ai vraiment tout appris : monter et démonter un chapiteau, m’occuper des animaux, faire du vélo…

« Le cirque, ce n’est pas juste le spectacle, c’est du matin au soir »

Vous vouliez déjà être clown ?

Pas du tout. À la base, je faisais du jonglage. Mais dans le cirque où je suis arrivé, on m’a dit : « Non, on n’a pas besoin de jongleur, tu vas faire le clown ! ». Mon père avait travaillé dans ce cirque 30 ans avant, ils m’ont proposé de faire la même chose. J’ai essayé, et c’est là que j’ai pris goût à l’art clownesque.

Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans ce métier ?

C’est presque philosophique (rires). On parle souvent de savoir-faire, mais pour moi le cirque c’est une manière de vivre. Le cirque, ce n’est pas juste le spectacle. C’est du matin au soir, toute une organisation autour de la piste. Ma femme est dans le spectacle, ma fille aussi vit avec nous au cirque. Toute notre vie tourne autour de ça. C’est un véritable amour qu’il faut avoir pour ce métier.

C’est un mode de vie à part ?

Oui, complètement ! C’est difficile pour quelqu’un de l’extérieur de s’adapter. Par exemple, les week-ends, nous, on travaille. Quand j’étais plus jeune, je voyais mes amis sortir, mais moi ce n’était pas possible. Aujourd’hui, je trouve même cette vie plus naturelle pour moi : vivre en caravane, partager le quotidien avec la troupe, rencontrer de nouvelles personnes chaque année…

Comment êtes-vous arrivé au cirque Arlette Gruss, il y a trois ans ?

Nos familles se connaissaient déjà. J’avais travaillé avec une autre branche de la famille Gruss. Quand l’opportunité s’est présentée, ça a permis de recréer des liens. On partage un savoir-faire commun, chacun avec son histoire. Ces trois ans de tournée, ce ne sont que de bons souvenirs. J’ai découvert plein de villes en France. À Mulhouse, par exemple, le public est très agréable, on est bien installés. Et surtout, il y a une super équipe, que ce soit sur la piste ou en coulisses.

À quoi ressemble une journée type pour vous ?

Je me lève, j’emmène ma fille à l’école. On a une école itinérante qui nous suit. Ensuite, tout dépend , s’il y a des scolaires, des représentations… Parfois, le week-end, on peut avoir jusqu’à trois spectacles dans la journée. Entre-temps, je donne aussi des cours de jonglage à des enfants du cirque. Et quand on a du temps libre, on en profite pour visiter la ville ou découvrir la gastronomie locale.

« Moins je me prends au sérieux, plus ça fonctionne »

Les clowneries de Francesco rythment le spectacle de deux heures, sans temps mort.

Les clowneries de Francesco rythment le spectacle de deux heures, sans temps mort.

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Le cirque peut-il encore séduire à l’ère des réseaux sociaux et du virtuel ?

Oui, parce que c’est un art vivant. Ce qu’on voit sur les réseaux, nous on le fait en vrai. Les sensations ne sont pas les mêmes. Après, je m’inspire aussi du quotidien et de ce qu’on voit en ligne pour mes numéros. J’aime placer mon personnage dans des situations dans lesquelles le public peut s’identifier, avec toujours un décalage.

Comment créez-vous le lien avec le public ?

C’est assez simple : moins je me prends au sérieux, plus ça fonctionne. Si je m’amuse, le public suit. Il y a une vraie connexion qui se crée.

Y a-t-il une part d’improvisation ?

Oui, mais encadrée. Il y a une structure à respecter avec la musique et les lumières. Mais j’aime beaucoup interagir avec le public. On ne sait jamais comment les gens vont réagir, donc il y a toujours une part de surprise. Mon objectif est de faire rire, bien sûr, mais aussi faire le lien entre les numéros. On occupe la piste pendant les transitions, on capte l’attention. C’est un rôle essentiel pour donner du rythme au spectacle.

Que diriez-vous aux enfants qui rêvent de devenir clown ?

S’ils veulent le faire, qu’ils le fassent à fond. C’est un métier exigeant, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Il faut surtout savoir s’amuser et prendre du plaisir à faire rire !

Cirque Arlette Gruss, du 16 au 19 avril 2026, au Champ de foire de Dornach. + d’infos et réservations sur cirque.gruss.com Par téléphone au 0 812 106 406 (de 12h à 19h) et aux guichets du cirque du 15 au 19 avril (de 12h à 19h).

Gagnez vos places pour le cirque Arlette Gruss, à Mulhouse

M+ et le cirque Arlette Gruss vous font gagner des places pour assister à la représentation de la tournée « Parenthèse » du vendredi 17 avril à 19h30 au Champ de foire de Dornach. Pour tenter votre chance, répondez à la question suivante : de quel pays est originaire la famille Fratellini ?

Envoyez votre réponse par mail à l’adresse m+@mulhouse.fr, avant le lundi 13 avril à 12h, en précisant vos noms et prénoms. Les gagnants seront prévenus individuellement par mail.