Interview

Lexou : « Avec les créateurs de L’Artichaut, on a gardé notre côté punk mais on a grandi »

Fer de lance de la création locale avec ses marchés et sa boutique au centre-ville, l’association L’Artichaut organise, ce samedi 25 juillet (11h-21h) au parc Jaquet, son premier Jardin de L’Artichaut. Rencontre avec sa présidente-fondatrice Alexandra Wirth, alias Lexou.

Publié à 9h33

Lecture 6 min.

Alexandra Wirth, alias Lexou, présidente-fondatrice de l'association L'Artichaut.

Alexandra Wirth, alias Lexou, présidente-fondatrice de l'association L'Artichaut.

Catherine Kohler

Le premier des deux Jardins de L'Artichaut se tiendra, ce samedi 25 juillet de 11h à 21h, au parc Jaquet. C’est quoi l’idée ?

Avec July Pfeiffer de l’atelier Nounta Poukl, on avait envie de créer quelque chose ensemble dans un endroit qui s'y prête vraiment : la guinguette Bascule, au parc Jaquet, est juste un endroit génial. On garde l'esprit de L'Artichaut en proposant un événement à taille humaine, avec une sélection d'une dizaine de créatrices et créateurs locaux. On y trouvera textiles, bijoux, céramiques, illustrations, accessoires… On souhaite proposer plus qu'un simple marché. La librairie Tribulles et Offline Store, avec ses jeux de société, ont aussi répondu présent. Comme pour tous nos marchés, on veut faire découvrir des créateurs, créer des moments de rencontres et d’échanges. Et puis, c'est aussi une belle manière de faire patienter le public avant l'Artichaut Show des 11, 12 et 13 septembre prochains à Motoco.

« Pure autodidacte »

Si on vous connaît pour vos créations (Zozio by Lexou), on connaît moins votre parcours…

Je suis une pure autodidacte. Rien ne me destinait à ça. J'étais cheffe cuisinière et je suis partie vivre en Australie. C'est là-bas que j'ai commencé à fabriquer des bijoux, avec des plumes d'oiseaux et des graines locales. C'est d'ailleurs de là que vient mon nom de créatrice, Zozio. Quand je suis rentrée en France, j'étais enceinte. Je me suis dit : « J’arrête la restauration, je n’en peux plus et je veux voir grandir mon fils ». Mon ex-mari m'a poussé à continuer la création. Quand je regarde aujourd'hui mes premières réalisations, je souris. J'ai gardé toute une armoire de mes débuts, y compris les bouses (rires) et je mesure le chemin parcouru. Ensuite, j’ai rencontré la couturière Déborah Messina, on a commencé à faire des marchés ensemble. L’idée de L’Artichaut s’est construite de ces premières expériences… Notre premier marché remonte à 2019, place de la Paix, sur une seule journée. On avait envie de recommencer, mais le Covid est arrivé et tout s'est arrêté. Finalement, cette période nous a aussi poussés à réfléchir autrement. On s'est dit qu'au lieu de dépendre uniquement des événements, il fallait créer un lieu permanent.

La boutique de L'Artichaut rassemble 21 artistes, rue Henriette.

La boutique de L'Artichaut rassemble 21 artistes, rue Henriette.

Catherine Kohler

« Sans cette énergie collective, rien ne serait possible »

C’est à partir de là que la boutique L’Artichaut s‘est imposée comme une évidence ?

Oui, après le Covid, on a ouvert notre première boutique éphémère dans les locaux du café Omnino, avenue du Maréchal Foch. On avait un tout petit local et ça a tout de suite marché. Il n’y avait plus rien depuis la fermeture de La Vitrine (Ndlr : boutique associative des créateurs installée alors avenue Kennedy). Les gens attendaient ce genre de lieu. Ensuite, on a trouvé notre local du 21, Passage central et il a fallu tout faire nous-mêmes. On a organisé un financement participatif, on a rénové le lieu avec les potes en pleine canicule, on a commencé avec des meubles en carton parce qu'on n'avait pas un rond. Petit à petit, la boutique (Ndlr : ouverte en septembre 2021) a grandi, en même temps que l'association. Depuis février 2025, nous sommes installés en cœur de ville, au 16 rue Henriette (Ndlr : dans l’ex-magasin Imagine de Patricia Vest, figure du commerce mulhousien). Ce changement nous a apporté une nouvelle clientèle. Les habitués nous ont suivis et on a gagné beaucoup de visibilité en attirant les touristes et la clientèle de ce secteur de ville. La boutique cartonne !

L'Artichaut fonctionne toujours sans salarié. Comment arrivez-vous à faire vivre une structure comme celle-ci ?

Aujourd'hui, nous sommes 21 créateurs dans la boutique, qui leur redistribue 80% du chiffre d’affaires. La boutique fonctionne grâce au bénévolat, chacun assure des permanences et participe au fonctionnement du collectif. Ce n'est pas toujours simple, notamment avec les charges et les deux locaux que nous devons encore assumer, avec celui du Passage central, mais on tient parce que tout le monde s'investit. Sans les bénévoles, sans cette énergie collective, rien ne serait possible. Chacun connaît son rôle : planning, trésorerie, communication… Moi, je suis davantage dans les projets et l'organisation. On a appris à travailler ensemble, à connaître les qualités et les limites de chacun. Et puis, surtout, on partage la même envie : faire vivre L'Artichaut, qui doit rester à taille humaine, ce qui fait notre force. On a plein d’idées, notamment un marché off pendant la période de Noël…

Le collectif organise plusieurs marchés, dont Arterrasse avec les Vitrines de Mulhouse, l'Artichaut Show et, ce samedi 25 juillet, Les Jardins de L'Artichaut.

Le collectif organise plusieurs marchés, dont Arterrasse avec les Vitrines de Mulhouse, l'Artichaut Show et, ce samedi 25 juillet, Les Jardins de L'Artichaut.

Catherine Kohler (Archives)

« Le plaisir de rencontrer les gens »

Il n'y a jamais de concurrence entre les créateurs de L’Artichaut ?

Non, parce qu'on fait très attention à la sélection. Même quand plusieurs créateurs travaillent une même discipline, ils ont chacun leur univers. En bijoux, par exemple, certains travaillent le bois, d'autres le verre, la résine ou le laiton. Les styles sont complètement différents. C'est pareil pour les marchés que nous organisons. On évite de proposer deux créateurs qui font exactement la même chose. L'idée, c'est que chacun ait sa place et puisse trouver son public. Les marchés sont aussi une façon de faire découvrir d'autres créateurs que ceux présents toute l'année dans la boutique. C'est une continuité de notre travail.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la création locale ?

Je trouve qu'il y a un véritable engouement. Depuis quelques années, et encore plus depuis le Covid, beaucoup de personnes ont envie de créer de leurs mains, de fabriquer quelque chose qui leur ressemble. On reçoit énormément de demandes. Mais ce n'est pas un métier facile. On ne devient pas riche en étant artisan. En revanche, on gagne autre chose : du temps, une liberté d'organisation et surtout beaucoup de satisfaction, avec le plaisir de rencontrer les gens, notamment lors des marchés qui permettent de retrouver cette relation directe.

« Garder notre identité, tout en restant accessible »

Depuis ses origines, L'Artichaut véhicule une image de la création joyeusement décalée et underground, c’est toujours le cas sept ans après ?

Oui, on a toujours ce côté un peu décalé, un peu « punk ». C'est notre ADN. Mais on a aussi évolué. Aujourd'hui, notre clientèle est plus large et il nous faut réussir à garder notre identité, tout en restant accessible. Moi, par exemple, j'aime créer des pièces très originales. Mais je sais aussi que ce ne sont pas forcément celles qui se vendent le plus. Il faut trouver un équilibre entre ce qui nous fait plaisir et ce qui permet de vivre de notre métier. C'est pareil pour la boutique : on veut des créateurs avec une vraie personnalité, mais aussi des objets pour tous les budgets. Cette identité se retrouve aussi dans nos événements. On aime cette ambiance un peu industrielle, les guirlandes, le côté guinguette, les lieux atypiques. C'est chaleureux, vivant, un peu rock, un peu vintage. C'est tout ça L'Artichaut !

Propos recueillis par Marc-Antoine Vallori

Marché des créateurs Les Jardins de L’Artichaut, samedis 25 juillet et 29 août de 11h à 21h au parc Jaquet, 45, rue Kleber. + d’infos : https://www.facebook.com/asso.artichaut