Le bâtiment annulaire n’a pas fini de faire tourner les têtes
Le bâtiment annulaire vu du ciel, peu après sa construction, avec sa forme circulaire, son abaissement côté gare et son jardin central.
―Archives de MulhouseLa première chose notable sur le bâtiment annulaire, hormis sa forme, est son emplacement : rue Auguste-Wicky, juste entre la gare et le centre-ville de Mulhouse. Le quartier a été frappé par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale : le 3 août 1944, 379 bombes rasent tout le secteur. En 1949, un plan de reconstruction est adopté par le conseil municipal, et le bâtiment annulaire en est la pièce maîtresse. Le projet est confié à l’architecte d’État Pierre-Jean Guth, formé aux Beaux-arts de Paris, afin de répondre à l’urgence du logement.
Une reconstruction audacieuse
Pierre-Jean Guth ne se contente pas de reconstruire les docks, magasins et habitations détruits par les bombardements, il trouve une solution aux embouteillages fréquents du quartier. L’idée d’un bâtiment circulaire sert de rond-point géant entre la rue Wilson, l’avenue Clémenceau et la rue Déroulède. Deux passages aux extrémités de l’anneau facilitent aussi le passage des piétons et cyclistes entre la gare, le centre-ville et le Nouveau quartier.
L'un des rares bâtiments circulaires en France.
―Marc Barral BarronSi le projet d’un « énorme cylindre » fait peur à certains élus, c’est qu’aucun bâtiment circulaire n’a jamais été construit sur le sol français. Le seul autre bâtiment annulaire français du même type est la Maison de la radio, érigée à Paris à partir de 1952. À Mulhouse, le projet est adopté dès décembre 1949, poussé par le MRU (Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme), qui souhaite expérimenter ce format technique mais innovant.
La construction dure de 1950 à 1963. La réalisation n’est pas aisée, le bâtiment est immense avec ses 96 mètres de diamètre, 10 mètres d’épaisseur et 22,70 mètres de hauteur, qui varie selon l’orientation de 4 à 6 étages. Le bâtiment annulaire totalise 96 logements et 19 commerces s’y installent, dès 1955.
Détails d’architecture
Vu du ciel, le bâtiment a la forme de la lettre grecque Phi. Sa structure en béton armé, tantôt lavé, tantôt bouchardé, est partiellement habillée de plaques de pierre pré-taillées. Le toit de zinc est orné de croupes, marquant visuellement les changements d’étage. Les garde-corps des balcons en résille de béton montrent l’aspect décoratif de cette matière qui a également assuré une meilleure conservation dans le temps que la pierre ou la brique alors plus populaires. L’ensemble incarne un brutalisme raffiné, en cohérence avec les autres constructions du quartier. Depuis 2006, façades, toitures, circulations, huisseries, halls et escaliers sont classés Monument Historique.
Le bâtiment annulaire a été choisi par les architectes espagnols Araceli Calero et Pablo Martín comme couverture de leur guide illustré Mulhouse, Mülhausen, Milhüsa, sorti en octobre (éditions Médiapop).
―Christophe SchmittUne ville dans la ville
La forme circulaire donne un caractère presque futuriste au bâtiment, mais la vision de l’architecture dépasse l’audace technique. Il imagine un lieu de vie agréable pour les futurs habitants de l’anneau, en préservant le jardin préexistant sur lequel les logements ont vue et en abaissant le bâtiment pour laisser entrer la lumière. En plus du jardin intérieur, le bâtiment annulaire relie deux autres espaces verts : le square du général De Gaulle, côté gare, et le parc Steinbach, côté centre-ville. Pour les voyageurs arrivant par la gare, le passage central devient une porte d’entrée vers l’hyper-centre de Mulhouse.
Par sa vision urbaine et sociale, Pierre-Jean Guth a fait naître une vie de quartier entre les habitants qui peuvent se rencontrer dans le jardin pour échanger, se loger et faire leurs courses au même endroit. C’est un microcosme qu’il crée avec son complexe réunissant espace vert, logements et commerces. Un havre paisible en cœur de ville.
Par Johanna Witz


