Interview

« La Maison des adolescents pour tous les jeunes et leurs parents, quelle que soit la problématique »

Mal-être, difficultés familiales ou relationnelles, addictions, scolarité, sexualité… Les problématiques des 12-25 ans sont plurielles et la Maison des adolescents du Haut-Rhin (MDA 68) a pour mission d’y répondre, à travers un accompagnement sur-mesure, gratuit et sur rendez-vous. Entretien au siège mulhousien de la rue des Pins avec sa directrice Emmanuelle Zemb et Yannick Claude, chargé de développement.

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La directrice de la MDA, Emmanuelle Zemb, et Yannick Claude, chargé de développement.

La directrice de la MDA, Emmanuelle Zemb, et Yannick Claude, chargé de développement.

Catherine Kohler

Depuis quand existe la Maison des adolescents du Haut-Rhin et comment fonctionne-t-elle ?

Elle a été créée en 2009, à l’initiative du Centre hospitalier de Rouffach et du Département (Ndlr : aujourd’hui Collectivité européenne d’Alsace - CeA), pour répondre aux questions de bien-être des jeunes en combinant prévention, soins et accompagnement éducatif. La structure fonctionne sous forme de Groupement d’intérêt public, ce qui permet à tous ses membres et partenaires institutionnels (État, hôpitaux, CeA, Éducation nationale, Ville de Mulhouse, Protection judiciaire de la jeunesse, CAF…) de collaborer. Aujourd’hui, la MDA68 compte 35 professionnels (15 équivalents temps plein) sur les sites de Mulhouse et de ses trois antennes (Colmar, Altkirch, Guebwiller) : notamment des psychologues, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés, infirmiers scolaires, et, à la marge, des médecins et psychiatres. La direction est centralisée à Mulhouse, mais chaque antenne dispose de coordonnateurs pour assurer un suivi de proximité.

Concrètement, qui peut venir à la MDA et comment se déroule l’accueil ?

La MDA accueille tous les jeunes de 12 à 25 ans et leurs familles, gratuitement sur rendez-vous et de façon confidentielle. Tout adolescent ou parent, qui a une question ou qui rencontre une difficulté peut venir. L’accueil commence par un premier rendez-vous pour écouter, cerner la situation, créer un lien et comprendre les besoins, avant d’évaluer si la MDA peut accompagner ou s’il faut orienter vers un autre dispositif. La priorité est toujours l’adhésion du jeune. Même si les parents prennent contact, le jeune doit être volontaire dans la démarche.

« Depuis la période Covid, le mal-être est devenu le premier motif de prise rendez-vous »

La MDA accueille plus de 2 200 jeunes par an, pour environ 7 000 rendez-vous sur l’ensemble des sites.

La MDA accueille plus de 2 200 jeunes par an, pour environ 7 000 rendez-vous sur l’ensemble des sites.

Catherine Kohler

Quels sont les motifs les plus fréquents des « consultations » ?

Les demandes concernent majoritairement le mal-être, les troubles psychologiques (anxiété, idées noires, scarifications…) et les difficultés relationnelles ou familiales. Depuis la période Covid, le mal-être est devenu le premier motif, alors qu’il arrivait auparavant en troisième position… Les situations sont plurielles : des difficultés relationnelles ou éducatives jusqu’à des situations nécessitant éventuellement une hospitalisation ou une intervention spécialisée. Que ce soit clair : l’objectif n’est pas de gérer les urgences extrêmes. Dans ce cas précis, les jeunes sont orientés vers les services d’urgences pédiatriques ou psychiatriques. Notre rôle est d’abord de prévenir et d’accompagner, avant que les difficultés ne deviennent critiques.

Combien de jeunes accueillez-vous par an ?

Nous avons accueilli un peu plus de 2 200 jeunes, pour environ 7 000 rendez-vous sur l’ensemble des sites (chiffres 2024). Nous accueillons désormais davantage de filles, avec un ratio d’environ 60 % de filles pour 40 % de garçons, contre 50-50% auparavant. En revanche, l’âge moyen de notre public reste stable : autour de 14-15 ans.

Comment se positionne la MDA vis-à-vis des parents, souvent démunis par rapport aux situations que vivent les adolescents ?

Informer et soutenir les parents fait partie intégrante de nos missions. Nous les aidons à comprendre la situation, à diminuer l’angoisse et à soutenir leur adolescent, tout en respectant la confidentialité et l’adhésion du jeune. Dans les situations complexes où le problème dépasse notre champ, nous orientons vers la pédopsychiatrie, la protection de l’enfance ou d’autres dispositifs spécialisés portés par des partenaires, en accompagnant les familles dans les démarches. L’objectif est de créer une continuité dans l’accompagnement, d’aider les parents à faire évoluer le fonctionnement familial, si nécessaire, et de soutenir le jeune dans sa trajectoire.

« Les adolescents sont pleins de ressources, malgré les moments de mal-être ou de moins bien »

La MDA 68 assure une prise en charge pluridisciplinaire, gratuite, confidentielle et accessible à tous les jeunes de 12 à 25 ans, ainsi qu’à leurs parents.

La MDA 68 assure une prise en charge pluridisciplinaire, gratuite, confidentielle et accessible à tous les jeunes de 12 à 25 ans, ainsi qu’à leurs parents.

Catherine Kohler

Quels regards portez-vous sur la jeunesse d’aujourd’hui ?

Les adolescents sont pleins de ressources, malgré les moments de mal-être ou de moins bien. Leur parole se libère plus facilement qu’avant, notamment sur la santé mentale ou les violences sexuelles. Même face à des difficultés importantes, la majorité des jeunes parvient à se projeter dans l’avenir et à reprendre le cours de leur vie après un épisode difficile. Le rôle de la MDA est d’offrir une écoute externe, non-jugeante, et de leur permettre de s’exprimer sans stigmatisation. Nous partons du postulat que les fluctuations émotionnelles sont normales et font partie du développement de la personne.

En marge de la prise en charge des adolescents, la MDA est aussi un centre de ressources…

Oui, pour les professionnels qui sont en contact avec les adolescents : enseignants, associations, infirmiers scolaires, animateurs… La MDA organise, à intervalles réguliers, des formations, interventions et Cafés info sur des sujets variés : santé mentale, parentalité, relations affectives, sexualité, troubles neurodéveloppementaux... Les interventions peuvent se faire au sein des établissements scolaires, lors de forums ou d’ateliers collectifs. Elles visent à donner aux professionnels des clés pour mieux accompagner les jeunes dans leur environnement quotidien. On réalise aussi notre magazine « Parents d’ados » comprenant dossiers thématiques, interviews, témoignages, questions-réponses... On prépare un dossier spécial rentrée pour préparer les familles à l’entrée de leur ado au collège, avec des conseils pratiques pour traverser cette période souvent stressante. On édite aussi la newsletter « Réso’Ado ». Ces publications sont également téléchargeables en ligne.

Propos recueillis par Marc-Antoine Vallori

La Maison des adolescents du Haut-Rhin, 8 rue des Pins à Mulhouse, est ouverte du lundi au vendredi sur rendez-vous au 03 89 32 01 15. Des permanences sont également proposées, les mercredis sur rendez-vous, par les antennes de Colmar, Altkirch et Guebwiller. + d’infos : https://maisondesados68.alsace.eu/

Publié à 13h52