Portrait

Joseph Fritsch : du paracyclisme au paratriathlon !

Médaillé d’or aux Jeux de Paris en relais mixte de paracyclisme, Joseph Fritsch aurait pu savourer. Mais chez lui, la victoire ouvre surtout l’appétit. Dans la continuité de cet exploit, le toujours membre de l’AS Mulhouse Fauteuil choisit de relever un nouveau défi : s’aligner en paratriathlon, avec des ambitions aussi élevées que sur le vélo.

Publié le 13 avr.

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Boulimique de travail, Joseph Fritsch reste membre de l'AS Mulhouse Fauteuil.

Boulimique de travail, Joseph Fritsch reste membre de l'AS Mulhouse Fauteuil.

DR

À l’origine de ce virage, un constat simple : un calendrier paracycliste trop léger. « M’entraîner 20 à 25 heures par semaine, pour six à sept courses dans la saison générait trop de frustration », explique Joseph Fritsch. Une saison qui s’étire de mai à septembre, le laissant jusqu’à huit mois sans compétition. Trop long pour un athlète habitué à performer.

Apprendre à nager pour gagner

Le paratriathlon s’impose alors comme une évidence. D’autant que le vélo y joue un rôle clé. « Contrairement aux valides, où la course à pied peut faire la différence, chez nous, c’est le vélo qui est déterminant. » Sur un format équivalent au S (750 m de natation, 20 km à vélo, 5 km en course), Joseph Fritsch capitalise sur son point fort…, tout en relevant un nouveau défi : la natation. « C’est clairement la partie la plus difficile pour moi. »

Son handicap, présent depuis la naissance, ne freine pas sa détermination, mais complexifie certaines phases, notamment dans l’eau et les transitions. En paratriathlon, les athlètes sont accompagnés par un handler pour les aider lors des passages clés. Un travail d’équipe millimétré, encadré par des règles strictes. Mais c’est bien dans le bassin que Joseph joue sa progression : technique, endurance, précision… chaque détail compte.

Une préparation repensée, sans tout bouleverser

Médaillé d’or aux Jeux de Paris en relais mixte de paracyclisme, Joseph Fritsch se lance dans l'aventure du paratriathlon.

Médaillé d’or aux Jeux de Paris en relais mixte de paracyclisme, Joseph Fritsch se lance dans l'aventure du paratriathlon.

DR

Dans cette folle aventure, il embarque son entraîneur historique, Ralf Lindschulten. Ensemble, ils ajustent la charge de travail sans la doubler : quelques heures supplémentaires, mais surtout une répartition différente. Fauteuil, vélo, natation… Tout s’équilibre. La natation est le chantier le plus important, pour Joseph Fritsch. « Mon gros game changer a été de prendre ma licence à l’ASPTT Strasbourg. Je profite des conseils techniques du coach, mais aussi de l’émulation du groupe. » Un environnement stimulant, complémentaire à ses entraînements plus solitaires à vélo. S’il a étoffé son staff, Joseph Fritsch reste membre de l’AS Mulhouse Fauteuil.

Gagner sur tous les fronts

Déjà engagé sur l’Elsassman et les Championnats de France, Joseph Fritsch a depuis franchi un cap, notamment en natation. Matériel optimisé, préparation affinée : il est prêt à lancer sa saison. Après l’annulation de la Coupe du Monde d’Abu Dhabi, cap sur Montélimar, le 19 avril, avec un objectif clair : décrocher sa sélection pour les Championnats d’Europe. Un défi exigeant : réaliser 103 % du temps du meilleur paratriathlète. Et dans l’eau, la bataille sera rude. « En piscine, les malvoyants ont un avantage technique, notamment sur les virages. Moi, je dois composer avec mes contraintes et mes jambes qui traînent dans l’eau. »

Classé dans la première catégorie de handicap, Joseph Fritsch bénéficiera de trois minutes d’avance au départ. Son objectif : valider son ticket européen, avec en ligne de mire un titre mondial. Et hors de question d’abandonner le paracyclisme : « Je veux conserver mes titres mondiaux. » Mieux encore, le triathlon devient un levier de progression, notamment sur le contre-la-montre. Joseph Fritsch ne choisit pas entre deux disciplines. Il les additionne, les croise, les exploite. Parce que pour lui, la performance n’est clairement pas une ligne d’arrivée… mais un terrain de jeu à élargir.

Par Emilie Jafrate