Fréquences Mulhouse : « Un livre qu’on peut lire comme on écoute une émission de radio »
Le Mulhousien Sylvain Freyburger signe « Fréquences Mulhouse » (éd. Médiapop), un recueil d’entretiens qui permet de se plonger dans l’histoire des radios libres mulhousiennes, de 1981 à 2026. Rencontre avec l’auteur.
Publié hier à 9h23 Lecture 5 min.
Sylvain Freyburger signe "Fréquences Mulhouse", aux éditions Médiapop.
―Christophe SchmittSylvain Freyburger, vous signez « Fréquences Mulhouse » (éd. Médiapop), pouvez-vous vous présenter ?
J’ai été pigiste pour L’Alsace et l’Echo Mulhousien et suis désormais membre de l’équipe de Radio MNE, depuis 2016, principalement en tant qu’animateur d’ateliers pédagogiques d’éducation aux médias. L’idée est de faire faire de la radio à des enfants, à des jeunes, des détenus, des personnes handicapées… Depuis 2019, je travaille également pour le JDS.
Comment est née l’idée de faire un livre sur les radios libres mulhousiennes ?
J’y pensais depuis un certain temps, depuis la sortie d’« Egotrip collectif » (éd. Médiapop). Cela faisait un moment que je voulais recueillir des témoignages et anecdotes du milieu de la radio, que je connaissais déjà un peu. Un beau jour, j’ai décidé de proposer à Radio MNE de travailler sur ce sujet, en lien avec les 25 ans de l’association Old School, qui porte la radio. C’était le moment de proposer un projet qui puisse rester sur une étagère, de fixer ces anecdotes, qu’on a déjà entendues, dans un livre. Cela a été facilité par le fait qu’on a un éditeur à Mulhouse, Médiapop, qui n’a pas été difficile à convaincre (rires). Le livre est co-produit par Radio MNE et les éditions Médiapop mais ce n’est pas l’histoire officielle de MNE, c’est le ressenti de 25 témoins.
En lisant la préface, on comprend que ce mouvement « pirate » des années 80 a eu lieu aux quatre coins de la France. Qu’est-ce qui fait la singularité de Mulhouse dans cette histoire ?
Les radios d’avant 1981 étaient souvent des radios militantes. On a un témoin, Michel Muller, qui avait participé à une radio de la CGT à Mulhouse, qui s’appelait Lutte 68. Il le dit : à partir de 1981, c’est le mouvement associatif qui s’est emparé des ondes, avec des passionnés de rock, de punk… Une des spécificités de Mulhouse, c’est l’occupation des ondes par les fréquences allemandes et suisses, ce qui fait que les gens d’ici avaient déjà l’habitude d’utiliser la FM, ce qui n’était pas le cas dans le reste de la France, en 1981. Il y avait tout un contexte, avec des disquaires, des gens qui s’échangeaient des infos, c’était souvent indispensable pour faire des découvertes.
Comment ces radios vivent-elles aujourd’hui, avec l’avènement des plateformes de streaming ?
Il y a des gens qui étaient là au début des radios libres et qui continuent à faire de la radio aujourd’hui, parce que ça reste un moyen d’expression et de partage pour eux. Les radios libres se sont fait ratiboiser après 1985, car il fallait passer par de vrais distributeurs, les fréquences ont été rationalisées, les publicités autorisées… Dans les années 2000, il y a eu les webradios qui ont été un espace de liberté, mais noyé dans la masse. Le streaming date d’il y a une dizaine d’années : au niveau national, l’audience des radios purement musicales a baissé, au profit des radios généralistes. Dans le livre, je ne voulais pas faire un recueil « d’anciens combattants », mais j’ai aussi fait témoigner trois jeunes qui gravitaient autour de Radio MNE, qui évoquent ce qui les anime dans le format radio. Faire ce livre a été une sorte d’introspection, sur la place des radios et à quoi elles servent aujourd’hui.
Il y a 25 témoins dans le livre, comment les avez-vous sélectionnés ?
Il faut arriver à se limiter ! Avec Charly Sicard et Francine Hebding de MNE et Philippe Schweyer de Médiapop, nous avons établi une liste. Ce n’était pas très compliqué d’avoir des personnes qui étaient sur Fréquence Mulhouse à l’époque, car elles sont toujours actives dans le milieu associatif aujourd’hui. J’ai rencontré des gens qui ont eu un rôle pivot, à la conjonction de plusieurs radios. Il y a très peu de gens qui ont été dans une seule radio. Il y avait des noms évidents. Traiter de ce sujet sans parler de Radio Star, qui était un format plus commercial, n’était pas possible. J’ai donc demandé à Robin Guillocheau, qui œuvre désormais sur Nostalgie, le descendant direct de Radio Star, de témoigner. J’ai également demandé à Phare FM, cela m’intéressait d’avoir la seule radio associative diffusée en FM à Mulhouse, qui de plus est une tête de pont nationale. Il y a aussi ECN, qui est née comme une pure radio libre et a tout à fait sa place dans ce livre. Je pense que tous ces gens avaient des choses à raconter !
Pourquoi avoir choisi le format interview ?
Je ne voulais pas me lancer dans des analyses et voulais garder un côté subjectif en retranscrivant les propos des personnes. Je trouve que c’est le format le plus abordable pour picorer des anecdotes sur le vif, presque à la manière de ce que l’on peut entendre à la radio, avec une parole peut-être plus libre. Le livre peut se lire comme on écoute une émission de radio !
Il y a dix ans, vous sortiez Egotrip Collectif, sur 25 ans de rap, là 45 ans de radio… C’est quoi la suite ?
Sans parler de moi, je pense qu’il y aurait plein de choses à faire pour continuer à raconter toute l’histoire des sous-cultures qui peuvent exister dans une ville ou une région. Je ne vais pas enchaîner sur un autre projet comme celui-ci, mais c’est vrai que j’aime bien ce format, qui permet de travailler en profondeur, autour d’un même thème, avec des choses qui se font écho… Il y a des histoires qui ont touché du monde, qui ont quelquefois changé la vie de plein de gens parce qu’ils se sont investis et que cela a créé un réseau amical ou social et j’aime bien l’idée qu’il en reste une trace.
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