Interview

Illia Delaigle : « Avec M.E.U.T.E, le théâtre sort dans la rue et devient une série à vivre »

À Mulhouse, Illia Delaigle bouscule les codes du spectacle vivant avec M.E.U.T.E, une expérience immersive entre théâtre, série et application mobile. Un format inédit pour interroger notre rapport aux œuvres et au monde, à découvrir du jeudi 9 au samedi 11 avril 2026.

Publié le 7 avr.

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Directeur artistique de la Cie Kalisto, Illia Delaigle propose un nouveau concept : une mini-série théâtrale en six épisodes, à vivre dans l'espace urbain.

Directeur artistique de la Cie Kalisto, Illia Delaigle propose un nouveau concept : une mini-série théâtrale en six épisodes, à vivre dans l'espace urbain.

Christophe Schmitt

À l’occasion du lancement de M.E.U.T.E, nouvelle création de la compagnie Kalisto, le directeur artistique, Illia Delaigle, revient sur son parcours, sa vision du théâtre et ce format hybride qui entend séduire de nouveaux publics.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Je viens d’une scolarité plutôt compliquée. C’est un peu par hasard, à la fac d’Arts du spectacle de Metz, que j’ai rencontré une compagnie de théâtre. Là, ça a été un déclic. Ensuite, je me suis formé, notamment à l’étranger, en Biélorussie, avec une approche très intensive. Petit à petit, je suis passé du jeu à la mise en scène, puis à la direction artistique. Aujourd’hui, je joue encore parfois, mais mon travail est surtout de mettre en scène.

Quelle est votre ligne directrice aujourd’hui ?
Depuis plusieurs années, je me pose une question simple : comment le théâtre peut-il s’adapter aux usages actuels ? Aujourd’hui, les gens consomment des contenus différemment : ils regardent des séries, ils mettent pause, ils choisissent leur rythme. On ne peut pas ignorer ça.

Qu’est-ce que M.E.U.T.E ?
M.E.U.T.E, ça signifie Mobile Explore Urbex Théâtre Expérience. L’idée, c’est de proposer une mini-série théâtrale en six épisodes… mais dans l’espace urbain. Le spectateur ne regarde plus une série : il la vit.

Pourquoi sortir du théâtre ?
Déjà, parce que je n’ai pas de salle ! (rires) Mais surtout, ça ouvre d’autres possibilités. On peut proposer une expérience plus libre, plus proche, plus immersive.

Qu’est-ce que cela change pour le public ?
Le spectateur devient actif. Il peut voir un épisode, ou tous. Venir un jour, revenir le lendemain. On est dans quelque chose de très flexible, presque “à la carte”.

Quel rôle joue l’application ?
L’application guide le spectateur : géolocalisation, contenus supplémentaires, interactions…
Elle prolonge l’expérience. Certains critiquent l’usage du téléphone, mais si on veut toucher de nouveaux publics, il faut utiliser les outils d’aujourd’hui.

Pourquoi avoir choisi La Honte de François Hien ?
Parce que c’est un texte très fort, qui aborde la question du consentement et des rapports de domination. Il m’a fait réfléchir, notamment sur cette “zone grise” du consentement. C’est un sujet important aujourd’hui.

« Je veux que le spectateur soit acteur de sa propre expérience artistique. »

DR

N’est-ce pas risqué dans un format immersif ?
Justement, c’est ce qui m’intéresse. Le spectateur est au plus près, presque témoin.
L’émotion est plus directe, plus intense. Ça peut bousculer, mais ça fait réfléchir autrement que de manière purement intellectuelle. Je veux que le spectateur soit acteur de sa propre expérience artistique.

Pourquoi avoir choisi un prix libre ?
Pour lever les freins. Le prix, les horaires, le côté “je ne connais pas”… On veut que les gens viennent pour l’expérience, pas pour un nom ou un statut.

Cherchez-vous à toucher un nouveau public ?
Oui, notamment les classes moyennes et les étudiants. Aujourd’hui, une partie de la population ne se retrouve pas dans les salles de théâtre. Il faut aller vers elle.

Y aura-t-il une suite ?
Oui, on imagine déjà d’autres “meutes”, d’autres séries. À terme, on pourrait proposer plusieurs mini-séries en parallèle.

Quelle est votre vision du théâtre ?
Un théâtre accessible, vivant, citoyen. Un théâtre qui parle à tous, et qui donne envie de venir.

À vivre à Mulhouse jeudi 9, vendredi 10 et samedi 11 avril. Réservations obligatoires, places limitées. Prix libre (conseillé 20€ pour les 6 épisodes). À partir de 16 ans. Uniquement disponible via l’application A.C.T.E : téléchargez l’app sur l’App Store et sur Play store. + d’infos : compagniekalisto.org

Propos recueillis par Océane Kasonia