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Gare centrale : l’histoire de Mulhouse et de ses voyageurs

La gare de Mulhouse-Ville, aussi appelée Gare centrale, est plus qu’un simple lieu de passage. Porte d’entrée du centre-ville et ouverture sur l’Europe, elle raconte le passé industriel de Mulhouse et le quotidien de ses voyageurs.

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La « nouvelle gare » qui vient d’être construite au début des années 1930.

La « nouvelle gare » qui vient d’être construite au début des années 1930.

Archives de Mulhouse

Avant l’arrivée du train, la lenteur... « Les gens vivaient dans un monde limité, très clos, rappelle Richard Wagner dans La région de Mulhouse à travers les âges. Pour ceux qui souhaitaient se déplacer, la marche était le principal moyen de locomotion ». À partir du milieu du XVIIIe siècle, des diligences régulières apparaissent, reliant Mulhouse à Bâle, Rouffach, Colmar, Sélestat, Strasbourg ou encore Besançon... Des destinations qui rappellent celles de l’actuelle voie ferrée.

L’essor de l’industrie mulhousienne au rythme du chemin de fer

Carte postale montrant l’ancienne gare, avant sa reconstruction de 1928.

Carte postale montrant l’ancienne gare, avant sa reconstruction de 1928.

Geneanet.org

Au début du XIXe siècle, les industriels de la région investissent massivement dans le chemin de fer. La société André Koechlin et Cie, implantée dans l’actuel quartier de la Fonderie, fabrique la première locomotive : la « Napoléon ».

L’arrivée du train dynamise les industries mulhousiennes, désormais compétitives à l’échelle mondiale et non plus seulement locale : les matières premières sont transportées plus rapidement que par la voie fluviale jusque-là empruntée, et les marchandises peuvent être exportées en grande quantité. Le coton arrive plus vite depuis les ports, les tissus imprimés sont exportés massivement, les transports de matières chimiques deviennent plus sûrs...

La voie ferrée connecte Mulhouse à la France, à l’Allemagne et à la Suisse. Elle facilite aussi le transport de la main-d’œuvre en permettant le déplacement quotidien des ouvriers.

Trois gares successives

Soirée d’inauguration de la « nouvelle gare », le 28 décembre 1932, en présence du maire Auguste Wicky, à l’extrême gauche sur la photo.

Soirée d’inauguration de la « nouvelle gare », le 28 décembre 1932, en présence du maire Auguste Wicky, à l’extrême gauche sur la photo.

Archives municipales

Les premières installations ferroviaires sont sommaires : « Le premier convoi de chemin de fer était composé d’une berline, d’une diligence, d’une voiture couverte et de deux chars à bancs exposés à tous les vents et réservés à la troisième classe », rapporte Richard Wagner. Le train parcourait alors 20 kilomètres en 25 minutes à l’aller, et en 15 minutes au retour, aidé par le relief : un gain de temps déjà spectaculaire pour l’époque.

La gare actuelle succède à deux bâtiments devenus obsolètes face à l’engouement suscité par le chemin de fer, malgré le prix élevé du billet (Ndlr : l’équivalent du salaire journalier pour un ouvrier). La première gare de Mulhouse ouvre en 1839, principalement destinée aux ateliers d’André Koechlin pour le trajet Mulhouse-Thann.

Une seconde gare est construite à proximité, avant d’être à son tour remplacée car devenue trop petite. La gare actuelle est édifiée à partir de 1928 par les architectes Charles Schulé, Albert Roll et Paul Gélis.

Un lieu marqué par la guerre

Les bombardements de 1944.

Les bombardements de 1944.

Archives municipales.

Inaugurée en 1933, elle s’inscrit dans un style art-déco fonctionnel salué par la presse spécialisée. « Son architecture, certes imposante, mais de goût très classique et très sûr - ses halls et ses paliers inondés de lumières - l’ampleur de ses accès et de ses dégagements en font l’une des gares modernes les mieux réussies », publie la Revue générale des chemins de fer.

Point stratégique, la gare est bombardée à plusieurs reprises pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment en 1944. Elle devient le théâtre de la Libération, comme le raconte Claude Hauss aux journalistes des Dernières Nouvelles d’Alsace : « Nous avons vu la gare détruite et des cadavres au sol, une première confrontation avec la mort ».

La restauration du bâtiment modifie plusieurs éléments architecturaux - tels que des colonnes de marbre - mais conserve la façade en grès rose des Vosges et la verrière surmontée d’une horloge. Les impacts des balles tirées sont, eux, encore visibles sur la façade.

Au carrefour de l’Europe

La gare de Mulhouse aujourd'hui, avec notamment le nouveau square de Gaulle.

La gare de Mulhouse aujourd'hui, avec notamment le nouveau square de Gaulle.

Catherine Kohler

La gare centrale de Mulhouse est le deuxième nœud ferroviaire d’Alsace après Strasbourg, accueillant plus de 5 millions de voyageurs par an, d’après la SNCF. Pour ses usagers et notamment ceux venus d’ailleurs, elle est aussi la première vitrine de Mulhouse.

L’agencement du quartier, nouveau poumon économique du territoire mulhousien, a ainsi été repensé en conséquence : accès facilité aux lignes de bus et de tram, réaménagement du square Charles De Gaulle et des quais, construction de nouveaux bâtiments, tunnel, liaisons douces avec le centre-ville voisin, skatepark... Autant d’évolutions qui confirment le caractère central de la gare.

Par Johanna Witz

Publié hier à 13h43 | Mis à jour hier à 13h52