Portrait

Gaëlle Horny, la voix humaine à l’ère de l’IA

Née à Mulhouse, installée à Kingersheim, Gaëlle Horny a fait d’un jeu d’enfant un métier. De la radio fictive sur cassette aux pubs télé, elle prête aujourd’hui sa voix à des projets diffusés dans toute la francophonie. Rencontre avec une voix off passionnée, à l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse son secteur.

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Gaëlle Horny en pleine séance d'enregistrement.

Gaëlle Horny en pleine séance d'enregistrement.

Catherine Kohler

Gaëlle Horny, enfant, vous rêviez de devenir avocate. Comment passe-t-on du droit à la voix off ?

J’ai effectivement fait des études de droit, parce que je me destinais à devenir avocate. J’ai même travaillé un peu dans le domaine, mais je n’ai pas accroché au milieu professionnel. J’ai ensuite trouvé un emploi dans le transport, où j’ai travaillé pendant dix ans. Et puis un jour, au téléphone avec un client, je me suis amusée à lui répondre avec une voix un peu « audiotel ». Il m’a tout de suite dit : « C’est super ce que vous faites, vous avez du talent, vous devriez en faire votre métier. » Je n’y avais jamais pensé. Mais cette phrase a planté une petite graine.

Ce déclic, vous l’avez suivi immédiatement ?

Oui. Le soir même, je me suis renseignée sur Internet. J’ai découvert qu’il existait des formations et deux jours plus tard, j’étais inscrite. J’ai acheté du matériel, commencé à m’entraîner, puis à faire des castings, sans trop y croire. Deux mois après avoir participé à mon tout premier casting, j’ai décroché mon premier contrat. Là, je me suis dit : « Ok, il se passe quelque chose. »

« Gamine, j’adorais imiter les voix de pub à la télé, à la radio, les messages d’attente téléphonique… »

Gaëlle Horny est la voix de nombreuses publicités radio, télé, tout en faisant de la narration, de l’e-learning et des vidéos institutionnelles.

Gaëlle Horny est la voix de nombreuses publicités radio, télé, tout en faisant de la narration, de l’e-learning et des vidéos institutionnelles.

Catherine Kohler

Pourtant, vous avez attendu avant de vous lancer à plein temps…

Oui, parce que je travaillais toujours à côté. Je cumulais les journées de travail, les enregistrements le soir, parfois à midi, la gestion du site Internet, le référencement, le démarchage… À un moment, j’étais épuisée. J’avais atteint un plafond : pour développer vraiment mon activité, il fallait que je me lance à 100 %. J’ai quitté mon emploi en octobre 2024.

La voix était déjà un terrain de jeu dans votre enfance ?

Complètement. J’adorais imiter les voix de pub à la télé, à la radio, les messages d’attente téléphonique. Avec une copine, on avait créé une radio fictive qu’on enregistrait sur cassette. On faisait des jingles, des fausses émissions… On avait 10 ans, ça s’appelait Radio Jeune. J’ai encore les cassettes !

À quoi ressemble aujourd’hui votre quotidien de voix off ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. Il y a bien sûr l’enregistrement dans mon home-studio, avec un échauffement vocal d’une quinzaine de minutes. Mais 80 % du travail, c’est le démarchage : mails, réseaux, contacts, prospection... Il faut être très réactive, répondre vite, parfois dans l’heure, sinon le projet part ailleurs.

Vous travaillez pour quels types de projets ?

Beaucoup de publicités radio, quelques pubs télé, de la narration, de l’e-learning, des vidéos institutionnelles. J’ai travaillé pour la France entière, mais aussi pour la Guadeloupe, Saint-Martin, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Canada… C’est ça qui est génial : depuis Mulhouse, je peux travailler pour toute la francophonie.

Le projet qui vous a le plus marquée ?

Ma toute première pub télé, pour MG Motor. C’était très stressant. On se dit qu’on nous confie quelque chose d’important. Et puis s’entendre à la télévision pour la première fois, c’est une émotion incroyable.

« Dès qu’il faut de l’émotion, de l’authenticité, une vraie intention, la voix humaine reste irremplaçable »

À l’heure de l’intelligence artificielle, avez-vous peur pour votre métier ?

Pas vraiment. L’IA est déjà utilisée pour des projets à très bas coûts ou pour des formats longs comme l’e-learning. Mais dès qu’il faut de l’émotion, de l’authenticité, une vraie intention, la voix humaine reste irremplaçable. D’ailleurs, récemment, pour une pub télé, un client voulait au départ une voix 100 % IA. Le professionnel qui réalisait la vidéo lui a conseillé une vraie voix humaine : « Ça n’a rien à voir, il n’y a pas d’émotion », lui a-t-il dit. Je pense que c’est révélateur.

Qu’est-ce que l’IA ne saura jamais imiter selon vous ?

La sensibilité. L’intention. La respiration. L’émotion vraie. Une voix, ce n’est pas juste un son, c’est une interprétation.

Le plus difficile dans votre métier : la technique ou l’émotion ?

La technique s’acquiert assez vite. L’émotion, c’est autre chose. Il faut parfois mettre de côté ce qu’on ressent personnellement. Si on est fatiguée ou triste, mais qu’on doit enregistrer quelque chose de très dynamique, il faut réussir à se déconnecter totalement. C’est du jeu d’acteur.

Vous arrive-t-il d’abîmer votre voix ?

Ça peut arriver sur des projets très longs ou quand on force trop. Mais avec la bonne technique, c’est rare. Comme pour le chant, tout vient du souffle et du ventre, pas de la gorge.

Que ressentez-vous quand vous vous entendez à la radio ou à la télé ?

Une immense fierté. Parfois, ce sont mes proches qui m’envoient des messages : « Hé, je t’ai entendue à la radio ! » avant même que je le sache. Ça rend les choses très concrètes. On se dit que notre voix accompagne vraiment le quotidien des gens.

Interview Océane Kasonia

+ d’info : https://gaellehorny-voixoff.fr/

Publié à 13h51