Interview

Scarly Shop: le duo mère-fille qui parfume Dornach

Au 8, rue de Belfort, une petite boutique charmante abrite un duo singulier : Célyne, alias Scarly, solaire et multipotentielle, transforme sa main sans doigts en outil de créativité. À ses côtés, sa maman, discrète et précieuse, veille et soutient. Ensemble, elles forment un duo complice.

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Mère et fille, Muriel et Célyne forment un duo complice au sein de Scarly Shop.

Mère et fille, Muriel et Célyne forment un duo complice au sein de Scarly Shop.

Catherine Kohler

Lorsque j’entre dans la boutique Scarly Shop, la première chose qui me frappe est l’odeur chaude et réconfortante des bredalas. Une senteur qui évoque les cuisines alsaciennes, les fêtes, la mémoire affective, et qui donne immédiatement l’impression d’être attendu quelque part.

Derrière le comptoir, deux femmes. Elles ne se ressemblent pas vraiment, mais quelque chose dans leur complicité saute aux yeux. Célyne, d’abord : cheveux teints en rouge flamboyant, tatouages assumés, sourire franc, le genre de présence qui remplit la pièce sans même y penser. Elle parle vite, réfléchit beaucoup. Une multipotentielle comme on en rencontre peu : artisane, entrepreneuse, danseuse depuis plus de 15 ans, compétitrice en danses latines, et même créatrice d’une discipline qu’elle a inventée : la Self Love Dance, un mélange de styles tourné vers la confiance en soi et le mouvement libérateur. À côté d’elle, Muriel, sa mère : douce, calme, plus mesurée, mais tout aussi présente. L’une rayonne, l’autre apaise.

Leur aventure a commencé modestement, dans un appartement où Célyne réalisait ses premières bougies. Une passion née presque par hasard, mais portée par une détermination discrète. Car Célyne, née avec une particularité de la main, une main sans doigts, qui l’oblige à trouver ses propres gestes, a toujours composé, inventé, adapté, sans que cela ne définisse jamais son identité. C’est juste une donnée parmi d’autres, intégrée naturellement à sa manière de créer.

Cinq ans plus tard, l’affaire a grandi, changé d’adresse, pris sa place dans le quartier. Muriel, qui suivait tout cela en coulisses, a fini par rejoindre l’aventure, non pas pour « aider », mais pour co-construire, épauler, compléter. À deux, elles ont façonné un espace qui leur ressemble, chaleureux, doux, vivant, parfois fou, toujours sincère : la boutique Scarly shop au cœur de Dornach (8, rue de Belfort - https://scarlyshop.fr).

Interview croisée…

Céline a développé une large gamme de bougies parfumées.

Céline a développé une large gamme de bougies parfumées.

Catherine Kohler

Célyne, Muriel, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre duo ?

Célyne : Je dirais que je suis passionnée, sensible et déterminée. On me voit souvent comme “la fille des bougies”, mais je suis surtout quelqu’un qui aime créer avec ses mains. J’aime quand les choses ont une âme, un parfum, une texture. Et puis, je suis quelqu’un qui ne lâche pas. J’ai tellement dû m’adapter dans ma vie que maintenant, c’est devenu ma super-puissance.

Muriel : Je suis la maman de Céline. Je l’accompagne dans la boutique, je l’aide sur l’organisation et le côté logistique. Je suis plutôt calme et douce, j’aime qu’on garde une harmonie dans tout ce qu’on fait.

Célyne, pourquoi “Scarly” ?

Célyne : C’est un surnom qui vient d’une amitié, d’une année de réinsertion. On m’appelait Scarlett, et je n’aimais pas au début. Puis ça s’est transformé en Scarly, et c’est devenu naturel pour la boutique et mes réseaux.

Quel a été le moment où tu t’es dit : « Je veux créer quelque chose à moi » ?

Célyne : Pendant le Covid. On était tous enfermés, et moi j'avais besoin d’exister autrement. Je faisais déjà des petites bougies pour moi… Un jour, j’en ai offert une à une amie. Elle m’a dit : “Mais Céline, lance-toi !” Et ça a été un déclic. Je crois que j’avais besoin d’un projet qui me ressemble vraiment. J’ai démarré dans ma cuisine ! Les premiers essais étaient… disons, très artisanaux (rires). Je testais des cires, des parfums, j’en mettais partout. Puis, j’ai commencé à poster sur Instagram. Les retours ont été immédiats. C’est là que je me suis dit : “Ok, il y a quelque chose à construire.”

Célyne : "Je suis née avec une main sans doigts, ce qui m’a appris très tôt à trouver mes propres gestes et solutions".

Comment travaillez-vous ensemble dans la boutique ?

Célyne : Je suis un peu le couteau suisse. Je gère la création, la musique, la danse, les réseaux… Et ma maman m’a rejoint moins d’un an après. Elle a apporté son expérience, son organisation et sa sérénité.

Muriel : Oui, j’aide à gérer les commandes, à emballer, à organiser. Céline est géniale, mais tout gérer seule, ce n’était pas possible. Ensemble, on forme un vrai duo complémentaire.

Célyne, peux-tu nous parler de ton parcours et de ton handicap ?

Célyne : Je suis née avec une main sans doigts, ce qui m’a appris très tôt à trouver mes propres gestes et solutions. Ça n’a jamais défini qui je suis, c’est juste une donnée parmi d’autres. J’ai appris à transformer ce “défi” en outil de créativité.

Muriel : Depuis que Céline est petite, j’ai toujours vu qu’elle était capable de tout adapter et inventer. Je l’accompagne pour qu’elle puisse se concentrer sur sa créativité et son énergie.

Ton handicap t’a-t-il donné une force particulière ?

Célyne : Oui, la force de regarder les choses autrement, de transformer les difficultés en stratégies. Et de ne pas me décourager au premier obstacle, parce que j’en ai déjà affronté tellement.

En plus des bougies, Scarly Shop propose différents produits, comme des sprays d'ambiance.

En plus des bougies, Scarly Shop propose différents produits, comme des sprays d'ambiance.

Catherine Kohler

Vous êtes toutes les deux très proches, comment s’est construite cette relation ?

Célyne : On a toujours été proches. Quand j’étais enfant, je faisais de tout : pâtisserie, bricolage, danse… Ma maman était là, discrète mais présente. Elle a toujours su comment m’aider sans me freiner.

Muriel : J’ai toujours essayé d’être à l’écoute. Céline a tellement d’énergie et d’idées qu’il fallait que je sois là pour canaliser un peu tout ça. On apprend beaucoup l’une de l’autre.

Célyne, tu es aussi danseuse compétitrice. Peux-tu nous en parler ?

Célyne : Oui, je fais de la danse latine depuis plus de 15 ans. Je participe à des compétitions. Ça m’occupe et me fait du bien.

Qu’est-ce qui t’inspire dans les parfums ?

Célyne : Les souvenirs. Une bougie, c’est un voyage instantané. J’aime recréer l’odeur d’un moment, d’un lieu, d’une émotion.

Quel est ton produit préféré ?

Célyne : Les fondants parfumés ! On peut jouer avec les formes, les couleurs… c’est ludique et poétique.

Muriel : "Travailler ensemble renforce vraiment notre complicité"

Quelle est la réaction la plus touchante d’un client ?

Céline : Une dame m’a dit : “Votre bougie m’a apaisée après une période très dure.” Ça m’a bouleversée. Je me suis dit que je ne faisais pas “que” des produits : je faisais du bien.

Qu’est-ce qui vous rend fières dans cette aventure ensemble ?

Célyne : Pour moi, c’est de pouvoir transmettre du positif et voir les retours des clients ou des élèves. Quand quelqu’un me dit que mes bougies ou mes cours de danse lui ont fait du bien, ça n’a pas de prix.

Muriel : Moi, je suis fière de la voir accomplir tout ça, de l’aider à organiser et à structurer ses projets. Et puis, travailler ensemble renforce vraiment notre complicité.

Quels sont vos rôles respectifs ?

Célyne : Moi, je crée. Je suis dans la matière, les senteurs, l’esthétique. Maman, elle organise, accueille, gère tout ce qui me fatigue trop. On se complète vraiment.

La boutique Scarly Shop est située 8, rue de Belfort, au cœur de Dornach.

La boutique Scarly Shop est située 8, rue de Belfort, au cœur de Dornach.

Catherine Kohler

Célyne, quel message donnerais-tu aux familles d’enfants porteurs de handicap ?

Célyne : Croyez en vous, vraiment. Ces enfants ont des pépites à l’intérieur. Il faut écouter leurs besoins et leurs envies, même pour les petites choses. Mon handicap n’a jamais été un frein, et beaucoup de forces viennent de là.

Muriel : Exactement. Il faut rester ouvert, positif et patient. Céline me le rappelle chaque jour.

Quel est votre plus beau souvenir commun ?

Célyne : Le marché de Noël à Paris. C’était épique, un peu chaotique, mais magique. La Tour Eiffel en arrière-plan, le chalet, les clients… C’était incroyable.

Muriel : Oui, ce moment-là était grandiose. Et puis, le lancement de la première boutique, rue de l’Ours, reste aussi un souvenir fort. On a galéré, mais c’était notre aventure à deux.

Qu’avez-vous appris l’une de l’autre ?

Célyne : Sa patience.

Muriel : Sa force.

Célyne, où te vois-tu dans cinq ans ?

Célyne : Toujours ici, mais avec un atelier plus grand, peut-être une équipe. Et surtout, toujours avec maman !

Propos recueillis par Océane Kasonia

Publié le 7 janv. | Mis à jour à 15h37