Saison 2026-2027

Cathy Aulard : « Avec les Tréteaux jeunesse, nous créons du lien et des rencontres »

Interview du tac au tac avec Cathy Aulard, co-fondatrice des Tréteaux jeunesse, à l’aube de cette nouvelle saison de spectacles jeune public, qui s’annonce dense.

Publié à 9h36 | Mis à jour à 9h42

Lecture 5 min.

Cathy Aulard, co-fondatrice des Tréteaux avec André Leroy en 1981, garde le cap.

Cathy Aulard, co-fondatrice des Tréteaux avec André Leroy en 1981, garde le cap.

―Marc-Antoine Vallori

Les Tréteaux existent depuis 45 ans. Qu’est-ce qui vous fait toujours avancer ?

Ce qui me fait avancer et c’est d’ailleurs ce qui nous a toujours portés avec André Leroy (Ndlr : co-fondateur des Tréteaux et compagnon de Cathy Aulard, décédé en novembre 2025), c’est l’éducation populaire. Il faut solliciter les jeunes en dehors des réseaux sociaux, leur faire découvrir le spectacle vivant et leur faire comprendre qu’ils ont des droits, notamment des droits culturels, qui ne sont pas forcément acquis pour tout le monde. À travers le spectacle vivant, nous créons du lien et des rencontres. Pour moi, c’est capital !

Vous pensez qu’aujourd’hui les possibilités de se rencontrer sont réduites, notamment chez les jeunes ?

Clairement, mais j’ai quand même de l’espoir. Je me dis que lorsque l’intelligence artificielle créera des humains qui n’en sont pas, ils auront peut-être envie de se rencontrer de nouveau. J’ai envie d’y croire. Le spectacle vivant sera toujours là pour ça.

Le spectacle vivant, c’est finalement un acte de résistance ?

Oui. Et quand on regarde son histoire à travers les siècles, on constate que la fréquentation des spectacles vivants ne baisse pas. Cela dit, il ne faut pas être complètement optimiste : le public est souvent vieillissant. Aux Tréteaux, on voit, par exemple chaque saison et de plus en plus, des grands-parents qui viennent voir nos spectacles avec leurs petits-enfants. Je trouve ça juste formidable.

« On prend davantage les enfants pour ce qu’ils sont et non plus pour des "imbéciles" »

"Pyjamas" de la Fondazione teatro Ragazzi e Giovani (les 20 et 24 janvier) sera l'un des temps forts de cette nouvelle saison.

"Pyjamas" de la Fondazione teatro Ragazzi e Giovani (les 20 et 24 janvier) sera l'un des temps forts de cette nouvelle saison.

―DR

La création jeune public a beaucoup évolué ces dernières années. Quel regard portez-vous ?

Globalement, elle a évolué de manière positive. On prend davantage les enfants pour ce qu’ils sont et non plus pour des « imbéciles », comme cela pouvait parfois être le cas. En revanche, je suis plus nuancée sur certaines propositions que je reçois régulièrement : les spectacles courts de 25 ou 30 minutes. Croire que l’attention des enfants se limite à une vingtaine de minutes est réducteur. Il faut justement travailler cette attention. Je suis également un peu fatiguée des spectacles dits « immersifs ». Il m’arrive d’en voir et de me dire que l’on est plus dans le registre de l’animation que du spectacle. Cela dit, malgré ces écueils, il y a encore beaucoup de superbes créations en France.

Comment construisez-vous votre saison ?

On fonctionne, depuis toujours, aux coups de cœur. Un bon spectacle jeune public, c’est un bon spectacle pour tous, tout court. D’ailleurs beaucoup d’adultes viennent voir les spectacles sans enfant. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il ne faut rien s’interdire et surtout ne pas s’auto-censurer. Aujourd’hui plus qu’hier, il faut faire très attention à ça ! Cette saison, nous proposons neuf spectacles, entre théâtre, danse, marionnette, musique, images et cirque, en partenariat avec La Filature (« Rabibochée » par les compagnies Breaked et L’Algue rousse, le 14 avril)… J’essaie d’avoir des propositions singulières, avec toujours cette envie de faire découvrir des univers et des écritures différentes, en capacité de susciter de l’émotion et de nourrir les imaginaires de toutes les générations.

« J’ai envie de continuer le plus longtemps possible »

Cathy Aulard sera sur la scène, avec le musicien Pascal Collon, pour une nouvelle version du "Monde est rond" (10 et 14 mars).

Cathy Aulard sera sur la scène, avec le musicien Pascal Collon, pour une nouvelle version du "Monde est rond" (10 et 14 mars).

―DR

Vous remontez sur scène cette saison...

Oui, avec « Le Monde est rond » (10 et 14 mars), un texte absolument magnifique de Gertrude Stein (Ndlr : poétesse et écrivaine américaine de la fin du XIXe siècle-début du XXe siècle). C’est une reprise d’un spectacle que j’avais déjà créé et que je reprends, cette fois, avec Pascal Collon, batteur-compositeur. À l’époque, je l’avais davantage donné sous forme de lecture. Là, je vais vraiment le reprendre en jeu, avec des images de Dominique Schoenig (ndlr : graphiste-illustrateur mulhousien). Je suis ravie de reprendre ce spectacle… J’ai envie de continuer le plus longtemps possible, notamment parce que je suis comédienne.

Vous le dites régulièrement : les Tréteaux, ce ne sont pas que des spectacles…

À côté de la programmation de spectacles et dans l’envie d’aller toujours plus loin, nous poursuivons notre travail de médiation culturelle. Cette année, on mène deux projets d’itinéraires d’Éducation artistique et culturelle avec la Ville de Mulhouse. On travaille aussi avec le centre socioculturel Porte du Miroir, autour d’un projet pour les 3-5 ans, avec des ateliers, trois spectacles... Et puis, bien sûr, nous poursuivions nos ateliers théâtre enfants et adolescents, qui font le plein, ainsi que l’atelier adultes. Nous sommes aussi associés aux Bibliothèques de Mulhouse pour la Nuit de la lecture (23 janvier) et un hommage à Jacques Prévert (9 et 10 avril).

Il n’est donc pas question de jeter l’éponge ?

Continuer à défendre le spectacle vivant, la curiosité, la rencontre, c’est ce qui nous a toujours fait avancer avec André et c’est ce qui me permet aujourd’hui de rester debout. Bien sûr que la question de la succession se pose. Avec André, les Tréteaux ont toujours été au cœur de notre vie et, pour être honnêtes, nous ne nous sommes jamais vraiment posé la question de l’après… Ce qui est sûr, c’est que du matin au soir, je consacre toute mon énergie aux Tréteaux et que cette saison sera encore une fois dense.

Tout le programme sur https://treteaux-alsace.com/. Billetterie et renseignements au 03 89 66 06 72

Le chiffre : 22 000

C’est le nombre d’entrées, séances scolaires et tout public confondues, comptabilisées la saison dernière par les Tréteaux jeunesse.