Portrait

Aurélien Finance : au fil des histoires et des émotions

Spécialisé dans l’art textile, l’artiste mulhousien Aurélien Finance vient d’être élu lauréat de la Biennale d’art contemporain Etoffe(s) de Verviers (Belgique). Une belle reconnaissance pour cet artiste qui aime avant tout raconter des histoires et matérialiser les émotions.  

Publié et mis à jour le 28 novembre 2023
5 min.
Aurélien Finance : au fil des histoires et des émotions
CATHERINE KOHLER

Spécialisé dans l’art textile, l’artiste mulhousien Aurélien Finance vient d’être élu lauréat de la Biennale d’art contemporain Etoffe(s) de Verviers (Belgique). Une belle reconnaissance pour cet artiste qui aime avant tout raconter des histoires et matérialiser les émotions.  

On le connaît à Mulhouse pour ses lianes textiles colorées, ses performances et ses œuvres où les savoir-faire textiles sont un moyen de raconter des histoires, centrées notamment autour des phobies. Les créations de l’artiste mulhousien Aurélien Finance s’exposent désormais au-delà de sa région natale : à Nantes au sein de la Galerie Robert Dantec, qui le représente ; en Suisse, à la Kunsthalle de Liestal dans le cadre de la Régionale 24 ; à la Galerie Nocte de Paris ou encore en Belgique, à Verviers, où il vient d’être élu lauréat de la Biennale d’art contemporain textile. « Je ne m’y attendais pas, ça fait quelque chose, confie Aurélien Finance. C’est mon premier prix, je ressens une certaine fierté et je suis content de la partager. »

« L’art et la mode sont très proches »

Choisi parmi 150 candidats du monde entier pour figurer dans les 13 artistes qui exposent, jusqu’au 21 avril, au Centre touristique laine et mode de Verviers, Aurélien Finance y présente son œuvreLa Dolce Flower , où l’on retrouve ses emblématiques lianes textiles, réalisées en fils de coton DMC, fil et satin de polyester et velours de coton Velcorex. Mixant deux langues dans son intitulé, et naviguant entre réel et imaginaire, cette œuvre est construite sur le souvenir de deux voyages en Italie et en Floride et traite notamment des liens entre les mondes italiens et anglo-saxons.

« Le textile est un medium qui ne me quitte pas et qui commence à prendre une place importante dans l’art contemporain. On voit de plus en plus de créations textiles dans les galeries ou les grands salons comme Art Basel… Je trouve très intéressant de s’approprier l’histoire de l’art avec un medium qui ne fait pas partie des arts académiques. C’est un point de vue personnel, mais pour moi l’art et la mode sont très proches. »

La découverte de l’art contemporain à la HEAR

Né à Mulhouse en 1994, Aurélien Finance a grandi à Dolleren, puis à Larivière dans le Territoire de Belfort. « J’ai toujours été très intéressé par la mode et les vêtements, mais également par la peinture et les arts plastiques. Enfants, ma sœur et moi aimions beaucoup nous déguiser et passions des heures à inventer des personnages et des histoires… Par la suite, je dessinais des personnages imaginaires avec des collections de vêtements, j’avais un intérêt presque excessif pour la mode ! » Grâce à Internet ou à la chaîne Fashion TV, Aurélien découvre et se plonge dans le travail des stylistes, comme Alexander Mc Queen, et des grandes maisons de la mode, comme Dior ou Chanel.

Sa passion pour la mode l’amène alors à passer un Bac Pro Métiers de la mode et du vêtement, à Belfort, ce qui lui permet « de développer un regard critique et d’apprendre à préparer et fignoler un projet », en créant notamment une gamme de vêtements pour enfants. C’est lors d’une soirée Tranches de Quai qu’Aurélien Finance découvre la Haute école des arts du Rhin (HEAR) de Mulhouse et commence à se plonger dans le milieu de l’art contemporain. « J’ai intégré la HEAR en 2013 et j’ai eu envie de tout tester, d’expérimenter les différents mediums, de découvrir les savoir-faire, le travail des artistes, l’histoire de l’art… L’option Design textile m’intéressait particulièrement, elle amène à développer son regard, à reproduire des dessins en volume, via la broderie, le crochet ou le tricot, mais aussi à développer des projets avec des entreprises. » Diplômé de l’école avec mention, il décide d’y poursuivre sa formation en passant un Diplôme national supérieur d’expression plastique, de grade Master avec option Design textile.

« Une forme de libération »

Catherine Kohler

C’est lors de la préparation de son mémoire qu’il créé ce qui deviendra sa marque de fabrique : les lianes textiles, à partir notamment de bobines de fil DMC. « J’ai découvert le travail de Giselle Vienne, à La Filature, lors d’un spectacle qui m’a marqué, où la mise en scène d’une forêt aux formes terrifiantes permettait d’évoquer des sujets terribles. Cela m’a inspiré pour créer une forêt en lianes textiles, réalisées avec du fil DMC enfermé dans du tricot, qui rend physique la sensation de malaise et de peur qu’on peut ressentir au fond de son ventre. Pour la soutenance de mon mémoire, j’ai décidé de traiter les phobies les plus courantes, comme la peur des oiseaux, des araignées ou des serpents, dans cette forêt présentée dans un espace clos, avec de la lumière et une performance. Ces lianes saturées de couleur permettent de matérialiser des émotions, de les rendre physiques à travers la matière, les formes et les couleurs. »

C’est avec les félicitations du jury qu’il obtient son Master et poursuit, depuis, sa carrière d’artiste, en multipliant les créations, expositions et performances. A côté des sculptures textiles, il crée également des œuvres encadrées, toujours en textile, pour présenter des personnages ou des histoires inventées. « Le textile est pour moi un moyen de représenter une histoire, un portrait ou une émotion sous un angle qu’on ne voit jamais. J’aime travailler des séries, en lien avec des chiffres précis et des œuvres dont les noms donnent quelques clés de compréhension, même si chacun peut y voir ce qu’il y cherche. La répétition et l’utilisation de savoir-faire traditionnels représentent pour moi une forme de libération, presque cathartique. J’aime surprendre, amener le spectateur là où il ne s’attend pas. »

Des ateliers créatifs pour Noël

À l’occasion des fêtes de fin d’année, Aurélien Finance propose, dans son atelier du Passage des Augustins, des ateliers créatifs pour créer des objets traditionnels de Noël, détournés avec du textile recyclé. Destinés aux enfants, à partir de 8 ans, comme aux adultes, ces ateliers seront l’occasion de créer des boules de Noël, des emballages cadeaux réutilisables ou encore des chaussettes de Noël.

Mercredi 29 novembre, samedi 16 décembre et mercredi 20 décembre, de 14h à 17h. 30€/ personne pour 3h d’atelier, matériel et goûter inclus. + d’infos et inscriptions : www.mplusinfo.fr

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