Octobre rose : « En adoptant les bons comportements, 40% des cancers sont évitables »
Octobre rose permet de sensibiliser et d’informer le public sur le cancer du sein. À l’occasion du dévoilement d’un ruban rose symbolique à l’entrée de la mairie de Mulhouse, rencontre avec le docteur Patrick Strentz, président de la Ligue contre le cancer dans le Haut-Rhin.
Publié à 6h19 Lecture 5 min.
Patrick Strentz, le président de la Ligue contre le cancer dans le Haut-Rhin.
―Christophe SchmittQuelles sont les missions de la Ligue contre le cancer du Haut-Rhin ?
La Ligue contre le Cancer du Haut-Rhin fait partie de la fédération de la Ligue nationale contre le cancer, qui rassemble 103 comités en France. La fédération a quatre missions essentielles pour faire reculer la maladie. La première est le financement de la recherche : au niveau départemental, on finance abondamment la recherche, de 700 à 800 000 euros chaque année, avec des équipes très spécialisées et très pointues, notamment au Centre de recherches de Strasbourg. La deuxième mission est une mission de prévention et de promotion du dépistage du cancer, auprès des scolaires et du grand public, mais aussi des entreprises, où nous faisons également de la formation à destination des managers, pour accueillir une personne qui a été malade dans son retour à l’emploi. Notre troisième mission est de proposer des soins de support aux malades et aux proches, avec de la psychologie, de la diététique, de la nutrition, de l’activité physique, de la socio-esthétique ou encore des soins de bien-être. Les ateliers permettent aux gens de se rencontrer. Quelqu’un qui est passé par un cancer va rencontrer les mêmes difficultés qu’un autre et l’expertise des pairs est parfois plus intéressante que l’expertise du soignant. Nous proposons également des actions en direction des aidants, qui subissent le cancer de leur proche. Enfin, nous avons aussi un rôle de plaidoyer, avec des représentants des usagers dans différents établissements. On recueille la parole des patients et on essaie de voir comment les défendre au mieux. La Ligue vit totalement grâce aux dons spontanés et aux legs. Nous avons 21 salariés et vivons grâce aux bénévoles sur le terrain, une cinquantaine de permanents sur nos différents sites, auxquels s’ajoutent des bénévoles qui s’engagent plus ponctuellement. Il y a un maillage territorial important, sans les bénévoles, on aurait beaucoup moins de ressources et on pourrait faire beaucoup moins d’actions.
Quels sont les chiffres clés, la situation et l’évolution du cancer et notamment celui du sein dans le Haut-Rhin ?
On est à 5 000 nouveaux cas de cancers, chaque année, dans le Haut-Rhin, dont 700 pour le cancer du sein. Il y a 38 000 personnes traitées pour un cancer dans les hôpitaux de Mulhouse, Colmar et Strasbourg. On a une incidence qui est un peu plus forte que dans les autres territoires, on ne sait pas vraiment pourquoi. Le nombre de cancers baisse un peu, mais on s’attend à une explosion de nouveaux cas, probablement en lien avec l’alimentation ultra-transformée…
Une étude du World Cancer reasearch fund, sortie début octobre, montre une forte augmentation des cancers chez les jeunes adultes, liée aux nouveaux modes de vie… Quels sont justement les principaux facteurs de risque sur lesquels il est possible d’agir au quotidien ?
Globalement, la sédentarité, l’obésité et l’alimentation ultra transformée sont des facteurs de risque qui font grimper le nombre de cancers et notamment ceux du pancréas, qui sont assez graves et pour lesquels nous sommes aujourd’hui encore dans une impasse thérapeutique. Les gens doivent entendre que 40% des cancers sont évitables. Si on diminue l’alcool, qu’on enlève le tabac, qu’on bouge un peu plus, qu’on achète des produits locaux et qu’on fait à manger soi-même, on a le bon comportement qui réduit les risques d’avoir la maladie, ce qui ne garantit pas de passer à côté… Il y a un rôle important à jouer pour les collectivités : celui de créer des environnements favorables à la santé, en permettant aux jeunes d’avoir une alimentation saine dans les écoles et de de bouger plus, en favorisant la mobilité douce, en utilisant des peintures saines quand on refait un local, ou encore en faisant la promotion des dépistages… Si tout le monde avance ensemble, on arrive à diminuer l’incidence des cancers.
Dans le cadre d'Octobre rose, la mairie de Mulhouse se pare de rose à la nuit tombée.
―Catherine KohlerQuel est l’intérêt d’un mois comme Octobre rose ?
Octobre rose est une fabuleuse occasion de parler de la prévention des cancers. Evidemment, on est centrés sur les cancers féminins et le cancer du sein, mais cela nous permet de parler de tous les cancers, de l’activité physique, des dépistages et de l’autopalpation. Octobre rose est une magnifique occasion de rappeler le dépistage et la prévention. Depuis dix ans, il y a une hausse de 8 à 9% des taux de dépistages, Octobre rose doit y être pour quelque-chose.
C’est aussi l’occasion de rencontrer les acteurs locaux. À Mulhouse, cela fait très longtemps que nous sommes en contact avec le collectif Les Mulhousiennes, qui nous ont financé énormément de projets et qui vont continuer à le faire, cela nous permet de nous rapprocher de la Ville. L’installation du ruban rose à l’entrée de la mairie et son illumination en rose, la nuit, symbolisent le lien que nous avons créé. Nous avons aussi imaginé des actions à faire ensemble, notamment autour du projet « Ma ville se ligue », qui est un projet national visant à créer des environnements favorables à la santé, partout en France. Si on ne peut pas influer sur la génétique, on peut le faire sur l’environnement, en développant les mobilités douces, en favorisant une alimentation saine, en faisant la promotion de toutes les actions de prévention et en s’appropriant la santé de ses concitoyens… Nous avons besoin des mairies pour le faire.
Aujourd’hui, comment travaillez-vous avec la Ville ?
Nous travaillons surtout avec l’hôpital, avec des associations, nous sommes en lien avec le CCAS… Nous souhaitons aller vers les personnes qui sont en situation de précarité ou plus éloignées des soins. 17 000 Mulhousiens n’ont pas de médecin traitant, c’est inquiétant mais c’est malheureusement la réalité. La question est de savoir comment aller vers eux, distiller nos messages et les aider. Il faut travailler ensemble pour trouver des solutions.
Jeudi 8 octobre 2026, un ruban rose symbolique a été dévoilé à l'entrée de la mairie de Mulhouse.
―Catherine Kohler


