Initiative

Cuisiner et recréer du lien aux Petites Cantines de Mulhouse

À Mulhouse, au rez-de-chaussée du bâtiment annulaire, un restaurant pas comme les autres a ouvert ses portes. Ici, pas de clients mais des convives, pas de prix fixe mais une participation libre… Aux Petites Cantines, on vient autant pour cuisiner et partager un repas, que pour rencontrer des inconnus et recréer du lien.

Publié à 5h26

Lecture 4 min.

Aux Petites Cantines est un restaurant participatif, à prix libre, pensé comme un lieu de rencontre.

Aux Petites Cantines est un restaurant participatif, à prix libre, pensé comme un lieu de rencontre.

Lucas Noyon

Dans la cuisine, les couteaux tapent sur les planches, les oignons circulent de main en main et les conversations s’installent presque aussi vite que les odeurs. Aux Petites Cantines de Mulhouse, on ne vient pas seulement manger : on met la main à la pâte. Le principe est simple : chacun peut réserver sa place, soit pour partager le repas, soit pour participer à sa préparation, avant de passer à table. Un restaurant participatif, à prix libre, pensé comme un lieu de rencontre.

Ce jour-là, derrière les fourneaux, Aine mène la danse. Pâtissière de formation, elle est la “responsable cuisine” du service. Autour d’elle, une petite équipe improvisée : William, Faou, Yvon et d’autres bénévoles d’un jour. Je me joins à eux. Au menu : une crème de feta et pois chiches en entrée. « Coupe un peu plus fin », conseille Aine en passant derrière moi. Ici, personne n’est vraiment chef, mais chacun apprend. On s’entraide, on corrige les gestes, on goûte, on ajuste.

Plus tard, je tente de me lancer dans un caramel pour le financier. Une étape réputée délicate. « Là, attends encore un peu… Voilà, c’est bon », guide Aine. Le caramel prend. Petite victoire. « Ce qu’on propose, c’est une expérience », explique Anne-Sophie Durand, qui a fondé le lieu avec son mari Patrick Durand. « Ce n’est pas juste venir manger, c’est faire avec les autres. »

On ne vient pas pour la gastronomie

Les locaux se trouvent au rez-de-chaussée du bâtiment annulaire, à deux pas de la gare.

Les locaux se trouvent au rez-de-chaussée du bâtiment annulaire, à deux pas de la gare.

Catherine Kohler

Parmi les participants, William découvre tout juste l’endroit. Ce jeune homme de 25 ans, venu de Cernay, est arrivé ici un peu par hasard. « J’ai vu une affiche lors d’un événement à la Fonderie, je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ? » Depuis, il est déjà revenu. En cuisine comme à table, il trouve rapidement sa place. « Je fais à manger, je mange, je parle… », résume-t-il simplement. Mais pour lui, l’essentiel est ailleurs : « Les gens ne viennent pas pour la gastronomie. Les recettes sont simples. Ce qui compte, c’est de manger ensemble. »

Dans cette cuisine ouverte, personne n’est laissé de côté. On peut arriver sans savoir cuisiner, hésiter, observer…, puis se lancer. « C’est comme un atelier », décrit Anne-Sophie Durand. « Les gens choisissent de participer, à leur rythme. » Peu à peu, les gestes deviennent plus sûrs. On ose davantage. Parce qu’on n’est pas seul. Cette dimension collective est au cœur du projet.

Le pari du prix libre

Un lieu pour toutes les générations, où prime la convivialité.

Un lieu pour toutes les générations, où prime la convivialité.

Lucas Noyon

« Nous sommes en famine relationnelle », affirme la cofondatrice. « Les gens ne se parlent plus, ne se rencontrent plus. Ici, on recrée les conditions pour que ça arrive. » Autour des casseroles, puis de la table, les échanges se font naturellement. Les profils se mélangent, même si la diversité sociale reste encore à construire.

Autre particularité : ici, pas de tarif imposé. « Le prix, c’est celui qui va te permettre de revenir », explique Anne-Sophie Durand. « Si aujourd’hui, tu ne peux pas donner beaucoup, tu participeras autrement. » Temps, compétences, présence : chacun contribue à sa manière. Une logique qui permet d’ouvrir les portes au plus grand nombre.

Un lieu pour ne pas rester seul

On vient Aux Petites Cantines, autant pour cuisiner que pour partager un moment.

On vient Aux Petites Cantines, autant pour cuisiner que pour partager un moment.

Lucas Noyon

Pour William, cet engagement est aussi une réponse très concrète à son quotidien. Actuellement en recherche d’emploi, il y trouve un espace pour sortir de l’isolement. « Ça permet de rencontrer du monde, de créer un réseau. » Et surtout, de revenir. « C’est convivial. Ça donne envie de continuer. »

Dans la cuisine, le caramel a pris, les plats sont prêts. Bientôt, tout le monde passera à table. Et, le temps d’un repas, des inconnus se sentiront un peu moins étrangers.

Par Océane Kasonia

Les Petites Cantine Mulhouse 7, avenue Auguste Wicky. + d’infos : 07 49 77 42 67 https://mulhouse.lespetitescantines.org/